Cinéastes, plasticiens, médecins ou anonymes s’expriment dans le cadre de la campagne digitale «#HeForSheStronger : 30 jours contre les violences faites aux femmes », lancée par l’entrepreneure et feministe Camerounaise Patricia Bakalack. Ils dénoncent, tout en proposant des solutions contre ce fléau au Cameroun. 

Landry Mbassi

« Aucune bataille féministe ne s’est gagnée sans l’apport, même infime, des hommes, les inclure dans la résolution des problématiques liées au genre, les impliquer dans la lutte contre les inégalités où il y a des privilèges pour les uns (ce qu’il est souvent difficile aux hommes d’admettre) et des formes d’oppression pour les autres, en l’occurrence les femmes, est plus que nécessaire », affirme Patricia Bakalack, dans le cadre de la campagne digitale qu’elle a lancée en août sur Facebook, afin d’inviter les femmes à sortir de cette « attitude passive face aux violences dont elles sont victimes ». Entrepreneure basée entre Bruxelles et Yaoundé, l’ancienne actrice est une figure du feminisme au Cameroun.

Cette campagne donne la parole à des hommes d’univers et d’horizons divers. Loin de se lancer dans des discours moralisateurs, chacun d’eux, selon le canal qui lui sied le mieux (poème, témoignage, photo), explique pourquoi la violence n’est pas la solution pour s’imposer dans son couple (même si la femme est têtue jusqu’àààà) ou en famille. Parmi les nombreux témoignages reçus par l’équipe de la campagne, nous publions ici (avec l’accord des organisateurs de la campagne), ceux qui nous paraissent les plus édifiants.

« Je crois au sens de l’équité dans le couple », Landry Mbassi, curateur et promoteur culturel

Landry Mbassi est un artiste photographe et commissaire d’exposition bien connu de la scène culturelle au Cameroun, particulièrement dans le domaine des arts visuels. Il est engagé dans plusieurs projets comme le festival « YaPhoto » ou encore les Rencontres internationales des arts visuels de Yaoundé (Ravy), la biennale qui a célébré ses 10 ans en juillet, en faisant venir des artistes des 4 continents (Afrique, Asie, Europe, Amérique). Moi qui n’avais jamais entendu ce mordu d’art aborder un sujet aussi épineux dans notre contexte camerounais, j’ai été frappée par l’hommage rendu à l’éducation reçue de son père. Son père, homme de « l’ancienne technologie », qui avait déjà compris que la femme est un « trésor ». Faut-il le souligner ? Landry Mbassi est un fils du pays éton. Une ethnie où les femmes et les hommes sont réputés avoir de la poigne, du caractère. Mais Landry Mbassi sait se montrer doux. Il reconnaît que ce n’est pas facile, mais « impossible n’est pas camerounais ». Voici son témoignage pour « He for She ».

« J’ai reçu de mes parents une éducation exemplaire. Et aujourd’hui, devenu adulte, j’en suis hyper fier. Dès le bas âge (car il paraît que ça commence à la base), mes parents m’ont inculqué, davantage mon père, le respect mais encore le rôle et surtout la prise en compte des efforts de chaque personne qui constitue le couple. Aussi loin que remontent mes mémoires d’enfance, je ne me souviens pas avoir vu mon père et ma mère « se prendre la tête » en public et se déchirer devant leurs enfants ou des personnes étrangères à leur foyer. Encore moins mon père portant la main sur ma mère ». [….]

« Cette culture de l’harmonie de couple soutenue par un sens aiguisé du « savoir gérer » les moments durs, les incompréhensions et les prises de têtes, ont installé chez l’enfant et l’ado que j’étais un rapport à l’autre – la femme – qui me permet aujourd’hui de la considérer sur un pied d’égalité, autant dans la société (dans sa quotidienneté) que dans un espace plus intimiste. Je n’ai en effet jamais considéré la violence comme une option face à l’incompréhension, face à l’erreur ou à un comportement que l’on trouverait injustifié chez sa compagne ». […]

« J’ai ainsi grandi avec cette conception forte que la femme est un être qu’il faut accompagner et non cogner, nous devons en faire des partenaires, et l’on respecte ses partenaires. […] Ma mère savait tenir tête à mon père lorsqu’il fallait par exemple discuter budget du mois ou éducation des enfants. Je me souviens que mon père, habituellement plus souple dans ses punitions, se faisait souvent ordonner par ma mère de nous administrer des corrections qu’elle estimait à la hauteur des bêtises commises. Portait-elle le pantalon dans son foyer? Non. Mon père savait simplement être à son écoute. Et cette attitude m’a guidé tout au long de ma vie : savoir écouter l’autre, lui donner la parole quand c’est nécessaire, la laisser s’exprimer. Tout ceci permet d’éviter les violences que nous constatons de plus en plus dans nos jeunes foyers. Favoriser le dialogue, se mettre à la place de l’autre, le sens de l’équité, voilà d’où je le tiens. »

« Rien ne doit nous inhiber face à la violence tout court, mais plus encore, face à la violence faite aux femmes», Simon Bondje

Camerounais de la diaspora, son sens des valeurs, son respect de l’être humain, de la femme l’ont amené à sauver une jeune fille d’un viol collectif. Voici son témoignage pour « He for She ».

« PARIS, 19 ÈME ARRONDISSEMENT. Nous sommes en 2005, et à l’époque tout juste trentenaire, je traîne un physique de boxeur, une dégaine de videur de boite de nuit, avec l’insouciance de l’âge qui lui sied.

La cave, il est 7h30 environ, Paris se réveille. Je remarque tout de suite un trio qui se dispute près d’une camionnette, deux jeunes hommes, la trentaine, et une jeune femme. « Je ne monte pas avec vous ! » n’arrêtait pas de crier cette dernière, que l’un des gars agrippait fortement, essayant de la pousser de force dans la camionnette. J’avais remarqué ce couple, nous étions dans la cave ensemble, et ça buvait, ça dansait langoureusement, ça rigolait, ça flirtait, ça sautait aux yeux que c’était sa go… Mais alors, qu’est-ce qui n’avait pas marché ? L’indifférence des autres « cavistes » devant cette scène m’interpella et pendant que mbombo démarrait sa voiture, je partais aux nouvelles. Il tenta de me dissuader de m’y mêler:

Arrivé à la hauteur de la camionnette, je salue aussi poliment que les Isenbeck ingurgitées la nuit me le permettaient, et m’enquiers de la situation auprès de la demoiselle, qui de près paraissait bien plus jeune. Elle devait avoir 20 ans au grand maximum, un fort accent du pays, et une tignasse de lionne du Brésil. L’homme me répond sur un ton peu amène : « C’est ma copine, et je vais la ramener de force s’il le faut ! »

Ce n’était pas bien engagé…. Il était furax, son pote au volant, moteur qui tourne…

M’adressant à la jeune femme: « alors Mademoiselle, que se passe t-il ? » Le récit dévoila que OUI, le mec était bien son gars, mais que NON, celui qui est au volant elle ne le connaît pas et donc, NON, elle ne veut pas partir avec les deux qui, selon elle, avaient un plan un peu gourmand…

Moi :  » Bien, Mademoiselle, que voulez-vous faire? »
La jeune femme : « Je veux prendre le métro… »
Moi : « D’accord, je vais vous acc… »

À peine ai-je commencé la phrase que le gars m’a violemment interrompu : « Si tu ne montes pas, je te gifle ! »
Ma réponse ne s’est pas faite attendre : « Si tu la gifles, je te frappe ! »
Il a giflé sa go, je lui ai collé une gifle du droit, et un crochet du gauche. Game over ! Le djo se rendant compte que le combat était légèrement inégal, remonta fissa dans la camionnette de son ami, et ils ont décampé. La demoiselle est rentrée chez elle, en métro.

Rien ne doit nous inhiber face à la violence tout court, mais plus encore, face à la violence faite aux femmes qui, très souvent, part du postulat de leur faiblesse physique. Nous devons intervenir. Car ce matin-là, j’ai probablement sauvé une fille d’un viol collectif aux conséquences dévastatrices.

Lorsque je vais à la voiture, mon mbombo me demande : « Mbombo, tu n’as pas pris son numéro ? » Près de 15 ans plus tard, mbombo ne comprend toujours pas…

« Désolé de ne pas avoir vu », Roch Lessaint Mie-Ndunga

Si Landry Mbassi invite les hommes à faire appel au dialogue pour faire face aux tensions dans le couple ou la famille, certains reconnaissent leur culpabilité et demandent pardon. Le 27 août, Roch Lessaint Mie-Ndunga s’est fendu d’un poème à ce sujet. Le voici. 

Pauvre monde! Tristes hommes!
Faut pas vraiment se fier aux apparences…
Je n’ai pas vu!
Je n’ai rien compris!
J’ai manqué d’attention et de discernement!
J’ai aussi donc été floué, battu, violenté et laissé nu par cet homme, ces hommes qui s’expriment par les poings, la violence…
Je n’ai pas les mots…
Désolé de pas avoir vu.
De pas avoir compris…

Annick Ayissi, je sais qu’aucune parole, aucun regret ne peut guérir toutes ses blessures inscrites sur ton corps, gravées dans ton âme… souillées ton esprit… volées ta liberté…
Ça ne devrait même pas arriver…
Tu m’en vois désolé…
Pour ton courage…
Pour toutes les Patricia Bakalack,
Les Kareyce Fotso ,
Les Annick Ayissi,
Pour toutes ces héroïnes de ma vie…
Je vous aime!
Sans condition!

« Bourreau n’est pas une fatalité », Guy Ella

La violence, particulièrement celle faite aux femmes, est-elle une fatalité ? De mon modeste point de vue, je pense que non. Il est possible que le bourreau d’aujourd’hui soit l’ami demain. J’ai quelques exemples autour de moi qui m’incitent à penser ainsi. Des hommes violents qui ont réussi au fil du temps à tempérer leur ardeur. Certes le processus est long et les « rechutes » ne sont pas à exclure. Mais avec la volonté certains réussissent à changer. C’est pourquoi j’adhère au témoignage de Mr Guy Ella et trouve la démarche de Patricia Bakalack de donner la parole aux hommes assez importante. Les hommes sont souvent les grands oubliés des campagnes de lutte des violences faites aux femmes. Il est certes très important d’apprendre aux femmes que leur corps leur appartient, que personne n’a ne le droit de les obliger à faire ce qu’elles ne veulent pas. Il est aussi important d’éduquer les hommes, de les aider à maîtriser leurs pulsions violentes. Car ils sont aussi des « victimes » de cette violence qui les rend dans certains cas aussi malheureux. Quelle fierté tirer d’une famille disloquée, d’enfants livrés à eux-mêmes, d’une place dans la rubrique des faits divers d’un journal ? Mais il faudrait que les hommes acceptent aussi la main qui leur est tendue, qu’ils acceptent un travail qui prendra sans doute du temps. Cette réflexion de Guy Ella est très intéressante.

« Les campagnes contre, quelles qu’elles soient, tombent généralement toutes dans le piège du blâme. Celle-ci, contre les violences faites aux femmes, la parole aux hommes en 30 jours, a d’ores et déjà emprunté cette voie. Un classique donc dans lequel je choisis de m’inscrire en faux, comptant que la loi faisant déjà le job de sanction –dans le meilleur des mondes- il y a bien mieux à faire, avec une approche inclusive de la sortie de crise : comprendre et accompagner le bourreau vers une voie de sortie du cycle de la violence.
J’entends que l’étiquette « bourreau » n’est pas une fatalité, et donc qu’on peut en sortir. Mon leitmotiv : un de soigné, une voire dix de sauvées !

Comprendre le bourreau, ce n’est pas forcement excuser sa violence. Elsa Kane.

Tout part d’un constat avéré sur les réseaux sociaux: pas un seul post sur les violences faites aux femmes, où un homme ne se fendra d’un « faut aussi voir ce qu’elle lui a d’abord fait » ou « elle aurait pu éviter ça », sous-entendu « elle doit connaître les limites de son homme »… Arguments qui ont tendance – et à raison – à faire bondir de leurs fauteuils les activistes de la cause, avant que tout ne bascule dans l’émotionnel, rendant impossible tout dialogue constructif entre les deux parties.

Cependant, dans les mêmes réseaux sociaux, jamais vu un post assumé « Je suis un bourreau. », et pour cause, ça n’est pas une étiquette reluisante à mettre dans son CV, preuve que cela est vécu par eux-mêmes comme une honte.

Mais c’est connu, l’Afrique ne sait pas faire face à ses tares, ni résoudre pratiquement ses problèmes, tandis qu’ailleurs les thérapies de groupe existent pour toutes sortes de tares, y compris la violence.

Comprendre le bourreau c’est donc surtout l’aider à voir qu’il y a de la violence en lui, que cette violence ne dépend pas de comportements extérieurs, et surtout pas des agissements d’une femme.

Comprendre le bourreau c’est surtout lui expliquer que ce qu’il prend pour les causes de sa violence, à savoir les paroles ou agissements des femmes, ne sont que des prétextes à l’expression d’une violence que l’éducation n’a pas su éradiquer.

Comprendre le bourreau c’est surtout l’aider à revivre les scènes de violence dont il est coupable, son émotion après le passage à l’acte, les petits arrangements entre soi et soi-même, à commencer par nier l’évidence « je ne suis pas violent à la base », puis la fuite en avant « c’est sa faute », le moment de solitude « n’importe qui à ma place ferait la même chose », et bientôt la honte « surtout personne ne doit savoir ». En effet, « batteur de femmes » est une étiquette difficile à assumer face au public.

Comprendre le bourreau, c’est surtout lui faire accepter qu’il a besoin d’aide, lui proposer une thérapie pour en sortir, se défaire des chaînes de la violence, en sorte que toute crise, toute agression sur sa personne, trouveront des réponses dignes d’un véritable homme de caractère.

Enfin, soigner le bourreau, c’est résoudre le problème des violences faites aux femmes. »

xtaxi_casse101115700-jpg-pagespeed-ic-k9ug3vguvbOu comment certains jonglent avec les visites techniques et la prévention routière au Cameroun.

Le 26 septembre, la mesure exigeant aux automobilistes, notamment aux chauffeurs taxi de Yaoundé, de revoir l’état physique et technique de leurs véhicules est entrée en vigueur. Cette décision intervient dans un contexte particulier avec l’organisation de la CAN féminine 2016. Depuis lors, c’est à un jeu de chat et de la souris que se livrent les taximen et les forces de l’ordre.

 

Credit photo: abenchalors!

Credit photo: abenchalors!

Comme toujours, les premiers n’en font qu’à leur tête, les autres trop heureux de les pourchasser non pas pour vérifier si effectivement les chauffeurs ont respecté les consignes, mais pour gratter quelques billets de CFA. Et alors ? Dites-vous, quel est le rapport avec les accidents de la route ?

En réalité, cette mesure interdisant la circulation des vieux taxis illustre bien le quiproquo camerounais. C’est un secret de polichinelle, 80% des voitures en circulations sur nos routes sont ce que nos frères ivoiriens appellent les « France au revoir ». De très vielles bagnoles simplement bonnes pour la casse fumant comme, sinon autant que des locomotives. Avec un mauvais système de freinage, sans éclairage ou signalisation, etc.

Et ne leur parlez surtout pas de visite technique hein ! C’est une perte de temps et qui dit temps dit argent. Alors même que l’arrêté du 23 février 1998 portant réglementation de la visite technique des véhicules au Cameroun. L’arrêté précise bien la périodicité, la procédure, le type de véhicules et les indications que doivent porter les certificats de visites techniques.

 Il est par exemple indiqué que « Les forces de la police ou de la gendarmerie nationale peuvent le cas échéant ordonner des visites techniques lorsqu’ils constatent que la voiture émet des fumées ou des gaz opaques, des bruits susceptibles de gêner les usagers, etc.

 Pourtant, je ne compte pas le nombre de fois où j’ai failli être renversé parce que je n’avais pas vu venir un taxi ou une voiture « personnelle » sans phares.

Et quand mon voisin Pa’a Raymond démarre son taxi chaque matin pour laisser les enfants du voisinage à l’école, je ne vous dis pas le genre de bruit que sa bagnole émet. Kriiiiiiiiiiiiiiiiiiisssssssssss jusqu’à, les sourds (comme moi) peuvent entendre !

C’est le contrôle routier que tu veux voir ?

Tous ceux qui ont l’habitude de voyager par car le savent. La prévention routière est un juteux business. Une belle affaire que la gendarmerie ont « arraché » de force aux agents des ministères des Transports. Des enquêtes de journalistes ont révélé que les nombreuses barrières et postes de contrôles érigées çà et là sur nos grands axes routiers ne jouent pas forcément un rôle de prévention. Il s’agit en fait d’un moyen pour certains gendarmes souvent sans rémunération de se faire un peu de sous en attendant la « tombée » d’éventuels salaires.

Tous les automobilistes et depuis peu les moto-taximen aussi le savent, lorsqu’ils traversent certaines barrières. «Il n’y a pas trente-six solutions. « Soit tu payes pour ci1rculer librement soit tu passes toute la journée sur place avec ta voiture et tes passagers », nous as confié un automobiliste. Vous avez dit prévention routière !

« Ce billet est ma contribution dans le cadre de la campagne #StopAuxAccidentsRoutiers » Retrouvez le prochain billet de la campagne rédigé par Didier Ndengue  dans son blog http://ndengue.mondoblog.org/

Pour suivre la compagne, vous pouvez suivre le hashtag #StopAuxAccidentsRoutiers sur les réseaux sociaux.

Retrouvez également les articles publiés les jours précédents :

Cameroun : comment on obtient le permis de conduire ? (Ecclésiaste Deudjui)

Stop aux accidents routiers – Le jour où tout a basculé ! (Carole Leuwé)

Accident de la circulation : A cause de la route, « tu nous manquerons » (Thierry DidierKuicheu)

Et si ces routes avaient existé ? (Wiliam Tchango)

C’est elle la tueuse ! (Frank William Batchou)

Circulation : Ces pollueurs qui menacent nos vies (Mathias Mouendé Ngamo)

#StopAuxAccidentsRoutiers, Douala à l’ère du numérique (Danielle Ibohn)

La route tue, et nous aussi… (Fotso Fonkam)

Nos routes, ces caisses à sous mal entretenues (Armelle Sitchoma)

Ce que font les automobilistes Camerounais quand ils sont au volant ( Yves Tchakounte)

Le Smartphone, une cause d’insécurité routière au Cameroun (  Fabrice Nouanga)

 

 

 

Abidjan by night. Wikipédia

Abidjan by night. Wikipédia

 

 

J’ai rêvé de la cité de Cocody
J’ai rêvé de la Côte d’Ivoire
De « M’bidjan »

J’ai rêvé de la douceur de tes réverbères
Sur ma curiosité d’enfant du Cameroun
J’imaginais tes belles rues tracées comme pour m’accueillir
Peuplées de « woros woros », de « gbakas »
Le chaud accueil de ton peuple vêtu du pagne aux mille couleurs
J’imaginais tes ruelles sombres où pour seule lumière filtrait la voix rocailleuse d’Alpha Blondy
J’ai rêvé de la cité des Cocody,
Que de fois j’ai rêvé de toi Co, cocody rasta

Mes pieds harassés par la marche, mille fois ont foulé le doux sable de la plage de Sassandras
Que de fois j’ai emprunté « les gbakas » pour aller voir les fanicos à Yopougon
Ah ! Comme c’était beau le patchwork formé par tous ces habits !

J’ai marché, marché, marché au hasard de mes rêves
Yop city, Manhattan des tropiques, les Cocody, La rue Princesse
Abidjan, Yamoussokro, Bassam, San Pedro

Ivre de faim et de fatigue j’ai échoué dans un « Maquis »
Comme un poisson mort rejeté sur la grève par des vagues furieuses
Imitant l’accent d’une tribu de là-bas j’ai dit :
« Maman Diaby sert moi l’alloco ! »

On m’avait tant parlé de toi,
De la grandeur de tes présidents
De la beauté du pays de l’éléphant de la richesse de ton sol
On m’avait dit tout bas à l’oreille :
« Les tribus de ce peuple forment un arc-en-ciel »

Ô Pays de l’Eléphant !

Crédit photo : klick

Crédit photo : klick

Écoutez jeunes gens !
Entendez-vous ce cri qui déchire le ciel sombre d’Alep ?
Entendez-vous ce hurlement de douleur ?
Une frêle silhouette seule au milieu des décombres
Le visage poupin tout chiffonné inondé de larmes
Le chétif corps écoué par des spasmes violents
Un petit garçon, seul
Sur les visages ridés, fripés de vieillards au regard éteint, infiniment triste
Coulent lentement des larmes

Il pleut sur Alep
Des bombes qui n’épargnent
Ni innocents, ni truands
Ni petits, ni grands

Tout s’effondre, comme cette cité d’Alep
Qui fut jadis l’orgueil d’une Syrie enviée et adulée
Jusqu’à ce qu’un matin la mémoire leur soit revenu
Des rebelles formés et armés au nom d’un peuple
Qui meurt aujourd’hui sous les balles de ces mêmes rebelles
Un boulevard largement ouvert aux terroristes

Il pleut sur Alep
Des bombes qui n’épargnent
Ni innocents, ni truands
Ni enfants, ni parents
Tout n’est que pleurs, désolation
Indignation, et révoltes

Parlez-moi de la Syrie des classes moyennes aux solides bagages intellectuels !
Parlez-moi de ce pays au patrimoine culturel immense !

Orgueil d’Orient !
Pays du tapis fait main
Célébré dans le monde entier pour son artisanat

Parlez-moi des draps de Hana !
Parlez-moi du château de Krack !
Parlez-moi du souk-Al !

Parlez-moi de Palmyre!

Parlez-moi de la citadelle d’Alep !
Parlez-moi du savon d’Alep !
Ô Alep !

Que reste-il de cette Syrie là ,
De ce peuple enlisé dans une guerre « civile »
Qui ne s’explique pas ?

 

Des mères éplorées. Crédit photo : Afp

Des mères éplorées. Crédit photo : Afp

Dans quelques jours, le 11 février particulièrement, des milliers de jeunes Camerounais défileront à travers le pays pour célébrer avec ferveur la 50éme édition de la fête nationale de jeunesse. Une célébration qui s’annonce grandiose pour marquer le sceau des 50 ans d’existence de cette commémoration. Une fête dont le faste cachera mal, les difficultés d’une jeunesse en perte de repères, minée par un chômage endémique, obligée de se coltiner des petits boulots pour survivre dans un environnement où la corruption s’est érigée en mode de fonctionnement. J’aurais pu écrire sur tous ces problèmes mais d’autres l’ont fait avec l’analyse, le ton, l’indignation qu’il faut. En ce début du mois de février, mes pensées sont pour les lycéennes enlevées un sombre jour d’avril par la funeste secte Boko Haram.

Un avenir sacrifié

Dans une société patriarcale qui reconnaît à la femme  le seul rôle d’épouse et de mère, elles s’étaient battues bec et ongles pour accéder à l’instruction.  Unique moyen pour elles de se construire dans la dignité, un avenir radieux. Installées dans des villages au fin fond du Nigeria dans des bleds où le développement semble s’être arrêté il y a 50 ans,  elles devaient braver chaque jour  des centaines de kilomètres pour aller à l’école. Élevées par des parents pauvres parmi les pauvres,  elles étaient l’espoir de toute une famille, de tout un village. En avril prochain, cela fera malheureusement deux ans que ces adolescentes ont été enlevées. Deux ans que les parents ont perdu le fil qui les rattachait à la vie. Que sont-elles devenues ? La question est douloureuse. Très douloureuse. La barbarie du groupe Boko Haram est connue de tous. Plus de 20 000 personnes ont déjà périt sous le bombes du groupe armé. .

 Une mobilisation internationale et puis plus rien

Pourtant quelques temps après leur horrible kidnapping, une grande manifestation abondamment médiatisée avait mobilisé de milliers de personnes à travers le pays. La mobilisation fut totale comme seuls internet et les médias sociaux le permettent aujourd’hui. De la première dame des États-Unis Michelle Obama au citoyen lambda tout le monde criait « Bring back our girls !». La ferveur médiatique est depuis retombée et les filles restent introuvables. Rien ne semble bouger ou si peu. En ce mois de février dédié à la jeunesse, c’est le cœur lourd que je pense à tous ces jeunes de Gaza, de Syrie, de Bolivie, du Rwanda, du Congo du Nigeria, du Cameroun, du Tchad, de Côte d’Ivoire, etc, sacrifiés sous l’autel de désirs égoïstes. Un adage dit «  l’oubli est le vraie linceul des morts », il peut aussi, si nous ne prenons garde, être celui des vivants. N’oublions pas les lycéennes de Chibok!

 

 

Au Sénégal, le graffiti n’est pas seulement une technique artistique liée à la mouvance du hip-hop, il est aussi utilisée comme un moyen d’expression pour des revendications sociales et politiques.

Crédit photo : Groupe Amoniak Graff.

Crédit photo : Groupe Amoniak Graff.

Sitôt arrivé à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, le visiteur est tout de suite happé par l’ambiance chaleureuse de la capitale. Entourée par l’océan Atlantique, Dakar est une ville au relief plat. Elle s’étend sur une superficie d’environ 82,38 km2. Il est vrai que l’architecture traditionnelle et celle héritée de la colonisation ont cédé la place à des constructions d’un style plus contemporain. Mais Dakar reste une ville chargée d’histoire au charme indéniable. Dans certains quartiers de la ville, il est toujours possible de plonger dans l’ambiance du passé. C’est le cas selon Medou, employé dans une résidence hôtelière, des quartiers comme Dakar plateau, le Pont, la Gare ou encore dans la Medina. Ce quartier populaire est l’une des 19 communes d’arrondissement de Dakar où il n’est pas rare de tomber sur des constructions anciennes et leurs fameux « toits-terrasses » où le soir venu, il fait bon de se prélasser en profitant de l’air frais des nuits dakaroises.

Le show de l’art urbain

A la faveur de plusieurs événements internationaux comme le sommet de la Francophonie tenue du 28 au 30 novembre 2014, la capitale sénégalaise a fait sa mue. Le gouvernement sénégalais a entrepris d’importants travaux pour améliorer la qualité des infrastructures d’une ville qui abrite, à elle seule, près de la moitié de la population sénégalaise. Aujourd’hui, avec ses autoroutes bien tracées, ses immeubles, ses HLM qui sortent de terre comme des champignons, ses rues bordées de palmiers et d’arbres de toutes sortes, Dakar affiche le fier visage d’une métropole africaine moderne et dynamique.

Dakar bouge et porte bien son nom. Car l’art est présent partout dans la ville et témoigne de l’attachement d’un peuple pour la chose culturelle. Sur la Corniche ouest de Dakar, sur la place du souvenir africain, au Mamelles ou encore sur la place de l’indépendance, des sculptures géantes de plasticiens locaux ou étrangers racontent l’histoire passée et présente du Sénégal.

A cote de cet art formel reconnu de tous, une forme esthétique et culturelle se développe depuis de nombreuses années. C’est le street-art, plus précisément le graffiti. Impossible de mettre un pied dans la capitale du Sénégal sans voir un mur décoré de dizaine de tags. Les tags sont des graffs tracés ou peints par les graffeurs aussi appelés tagueurs et qui se caractérisent par un graphisme proche de l’écriture.

Selon Jean Kouam Tawadje, professeur d’arts plastiques à l’université de Yaoundé 1, le graffiti est par essence un art de la rue. C’est une technique artistique née aux Etats-Unis vers les années 1970. Le graffiti est lié à la culture hip-hop dont il est une des formes d’expression à côté du rap et du breakdance. S’il est difficile de remonter à la genèse du graffiti au Sénégal, Mamadou Sow, jeune bloggeur très attentif à ce qui se passe dans sa ville, pense que la pratique date des années 1990.

Le graffiti est une discipline duhip-hop et Sénégal, ce mouvement est assez ancien », dit-il en faisant allusion au Positive Black Soul, le groupe de rap fondé dans les années 1990 par Didier Awadi et Doug E. Tee. LePSB fut l’un des premiers groupes de rap d’Afrique francophobe a cartonné sur la scène internationale. « Le Sénégal compte au bas mot près de 000 groupes de rap, Dakar ne pouvait pas rester en marge de ce phénomène », souligne le journaliste sénégalais, Abdou Rahmane Mbemgue. L’une des figures de proue de ce mouvement est le « graffeur Docta », de son véritable nom Amadou Lamine Ngom. A bientôt 40 ans, « le docteur des murs » est une véritable star

chez lui. « C’est un artiste socialement, engagé », précise notre source. Pour « Docta », le graffiti est art pour communiquer avec la population. Cette vision a beaucoup influencé les travaux des autres graffeurs dakarois. « Le graffiti permet aux artistes de s’exprimer artistiquement et de contribuer aussi à la beauté de la ville », soutient Assane Fall. Bibliothécaire de profession, le jeune dakarois s’intéresse aussi à la culture urbaine de son pays. « De nombreux gaffeurs ont contribué à embellir certains quartiers où les murs étaient en souffrance », affirme Georges El Dials, un autre dakarois. Au fil des années, les travaux des graffeurs ont fini par donner à la ville cette ambiance particulière qui a séduit tant de touristes à travers le monde. Souvent organisés en groupes, les artistes ne se donnent à effet aucune limite. Les fresques peuvent être de simples lettrages ou alors des peintures murales beaucoup plus élaborées.

IMG_20151205_135825Le style est très varié et emprunte au « old school », « free style », au style peinture mais le ballet de couleur est toujours au rendez-vous. Les graffeurs utilisent par habitude lestons chauds comme le rouge, le jaune, etc. Le résultat est toujours à la hauteur des attentes. Comme on peut le voir sur la Corniche à Dakar à plusieurs mètres de la Place du souvenir africain. La fresque longue de plus d’une quinzaine de mètres présente dans un bel ensemble où domine le ton vert, l’importance du sport dans une ville où il est courant de croiser des sportifs à toute heure de la journée. Au Croisement Cambéréne dans le nord-est de Dakar, le groupe « Amoniak Graff » invite les visiteurs à la contemplation d’une longue fresque réalisée en hommage à Nelson Mandela. Les artistes sénégalais sont très fins dans leur travail.Le graffiti tel que pratiqué au Sénégal surprend aussi par les différentes configurations qu’il peut prendre. Il est devenu au fil des ans un moyen pour les jeunes Sénégalais d’exprimer leur opinion.

L’art de la revendication

« Libérez Karim Wade ! ».L’inscription est écrite en gros caractères. Dans les soucis d’attirer l’attention d’un grand nombre de personne, les partisans du fils de l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade, incarcéré depuis 2014 à la maison d’arrêt de Reubeus à Dakar pour détournements de fonds publics, ont choisi des points stratégiques de la ville. Non loin du Stade Léopold Sedar Senghor, où s’effectuent depuis plusieurs mois, les travaux de construction d’une autoroute. Le message est bien visible pour les piétons et les automobilistes, surtout les plus attentifs qui empruntent cette voie. A l’observation, l’inscription date de longtemps. Pourtant cela ne semble gêner personne. Les Dakarois vont et viennent sans y prêter attention, au grand étonnement de ceux qui viennent des pays où la moindre allusion à des opposants est sévèrement réprimée. Ce d’autant plus que le message n’est pas isolé.

En parcourant Dakar, il est loisible de tomber sur des dizaines de tags de même type, c’est-a-dire de simples lettrages. Lorsqu’ils ne font pas allusion à Karim Wade, ils sont utilisés pour demander la libération des personnalités comme Cheik Allassane Sène. Le guide religieux emprisonné en février 2015, selon le journal « Le Quotidien », pour « acte de terrorisme ». « Ces types de tags ne sont pa artistiques et je trouve qu’ils salissent plutôt les murs », regrette Assane Fall. « Les tags sur les murs peuvent être des slogans politiques, des insultes entre hommes politiques des règlements de comptes ou parfois des mots de soutien en faveur d’un homme politique en mauvaise posture comme le libérez Karim Wade !», explique le journaliste Abdou Rahmane Mbemgue.

En période électorale, les murs de Dakar sont inondés de messages. En ce début du mois décembre, les empoignades des dernières élections municipales de 2014 sont encore visibles partout dans la ville. Pour de nombreux Dakarois, ce phénomène est à l’image du peuple sénégalais très attaché à l’idéal de la liberté d’expression. « Le Sénégal a une longue tradition démocratique et la liberté d’expression est bien ancrée chez les jeunes. Le mouvement Yen a marre, cité comme modèle d’engagement des jeunes, fait aussi des émules au Mali, au Burkina-Faso », revèle l’homme des médias. En dehors de cet aspect, on remarque que le graffiti sert parfois à valoriser les coutumes.

L’esprit de « la teranga», cette hospitalité et courtoisie si chère aux Sénégalais se retrouve également sur les murs. « Dr Mbacke Dia merci pour la scolarisation des femmes et leurs financements », sont gravé en belles lettres sur les murs du lycée de Patte d’oie en face de la mosquée du même nom. « Parmi les représentations picturales sur les murs de Dakar, il y a les photos des personnalités religieuses, (imans, marabouts), qui sont des personnalités vénérées et très respectées par les Sénégalais. L’Islam sénégalais est un islam confrérique, et ces photos de marabouts sont une façon d’exprimer* une appartenance confrérique », poursuit le journaliste.

Ce dynamisme du street-art sénégalais a fini par susciter l’intérêt de plusieurs structures. Un festival international du graffiti existe depuis 2008 et, en mars 2015, le géant américain Google, à travers sa représentation d’Afrique, s’est proposé de conserver à travers la création d’une galerie photo, cet art éphémère. Au cinéma, Abdoul Aziz Cissé et Wagane Guéye ont tourné un documentaire « Aaru Mbedd » (Les murs de Dakar). Mais les défis auxquels sont confrontés les graffeurs sénégalais restent nombreux. Outre l’organisation du secteur, ils se battent pour que leur discipline soit reconnue comme un art à part entière. Pour que Dakar devient véritablement la capitale du street-art.

Credit photo:Africanews.com

Credit photo:Africanews.com

Les derniers événements qui ont secoué le Burkina Faso montrent comment la paix est fragile en Afrique. Alors que le pays des hommes intègres s’apprêtait à donner au monde entier une belle leçon de démocratie, surprise : c’est la tentative de coup d’Etat du général Diendéré. Quelque 1 300 militaires du régiment de sécurité présidentielle (RSP) conduits par le général Diendéré qu’ils ont choisi comme figure de proue veulent s’emparer du pouvoir à Ouagadougou. Le président de la transition, le premier ministre sont faits prisonniers.
L’absurdité d’une telle action n’échappe à personne. On n’a pas besoin d’avoir fait sciences politiques pour comprendre que le coup de force « vintage » de la RSP était tout sauf l’émanation d’une volonté populaire. L’évolution de la crise burkinabè et les aveux du général Diendéré qui a reconnu la mort dans l’âme, avoir « eu tort » donnent raison à tous ceux qui ne voyaient pas cette situation folklorique prospérer.

La démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, dans sa définition la plus simple. Dans un pays démocratique donc, c’est le peuple qui choisit ses dirigeants. Le président est élu au suffrage universel pour servir les intérêts de la nation. Hélas, la réalité africaine est tout autre. Dès les années 60, après d’âpres luttes pour conquérir son indépendance, l’Afrique a basculé dans une spirale où les coups d’Etat étaient un mode opératoire. Le Burkina Faso, le Nigeria, la Centrafrique, le Tchad, le Ghana, ont eu des présidents arrivés à la tête du pays par la force des armes. L’histoire de notre continent, qui ne s’appelle pas A-FRIC pour rien est aussi pleine d’histoires de gouvernements démocratiquement élus qui se sont transformés en régime totalitaire ou en monarchie par la suite. Ce triste constat pourrait conduire à se demander dans un langage terre à terre si les Africains sont fâchés avec la démocratie ?

Coup d’Etat constitutionnel

Je crois que l’une des principales entraves à l’alternance à la tête des Etats africains est due au fait que la réussite sociale est tellement liée au pouvoir que tout le monde se bat pour être dans ce d’aucuns ont finit par appeler « la mangeoire ». La plupart des gouvernements fonctionnent comme des cercles et tous ceux qui sont étrangers à ces cercles ne peuvent jouir des privilèges auxquels ils ont pourtant normalement droit en tant que citoyens de leur pays.
Même les hommes d’affaires ont fini par se convaincre qu’il est difficile d’exister hors du cercle au pouvoir. Résultat : c’est la ruée vers les postes de sénateurs, députés, maires…
Et pourtant je ne connais pas de peuple aussi épris de liberté, de démocratie que le peuple africain. Alors qu’avec le régime totalitaire, la monarchie on se bat pour durer, on met son intelligence au service des coups les plus farfelus pendant que le peuple qui vous a élus agonise et crie famine.
Les Africains sont des gens épris de liberté et attachés à la paix. Nous avons très vite pris conscience que l’alternance au pouvoir est le moyen pour sortir du sous-développement dans lequel nous vivons depuis les indépendances. Hélas ! De nombreux politiques africains ne sont que des politiciens qui font la politique contre les hommes et non pour préparer un meilleur avenir aux hommes.

Portrait d'une petite fille. Flirck.cc

Portrait d’une petite fille. Flirck.cc

 

Mamou porta une main tremblante à sa tête, surprise de constater que sa tête était toujours à sa place. Le coup était pourtant d’une puissance sismique. Comme d’habitude sa tante n’était pas allée du dos de la cuillère. La gifle fut magistrale. Les traces des doigts étaient encore visibles sur la joue de Mamou. La petite fille essaya vainement d’étouffer les sanglots qui lui montaient à la gorge. Ce fut plus fort qu’elle, sa douleur éclata soudain comme un fruit trop mûr. Un cri déchira le ciel noir d’Ongolaville surprenant le voisinage qui se délectait des aventures de « Cosita Linda » diffusée sur la télévision nationale.

Mamie la vendeuse de beignets et spécialiste du kongossat fut la première à se retrouver près de Mamou. Elle posa un regard interrogateur sur sa tante. Celle-ci, son beau visage de madone déformé par une vilaine colère cracha furibarde, « Cet enfant n’est qu’une petite peste ! Elle vient de casser mon vase, dernier vase de Chine ». « Ah toi aussi, on ne tape pas sur les enfants la nuit ! », dit Mamie pour calmer sa voisine avant de s’en aller non sans avoir « gentiment » grondée Mamou. Recroquevillée dans un coin du salon, Mamou, petite Cosette misérable, sanglotait tristement en prenant garde de ne pas « embêter » sa tante avec ses pleurs.

De temps à autre, elle jetait des regards craintifs vers celle-ci. Dans sa tête d’enfant se bousculaient mille et une questions. Pourquoi recevait-elle toujours les coups dans cette maison qui comptait pourtant plusieurs enfants ?

Quand tonton Gilbert, le mari de sa tante était présent, les choses se passaient autrement. Mais il travaillait en plein temps et parfois après une dure journée il préférait, pour avoir la paix, ne pas intervenir. Un soir d’ailleurs sa femme l’avait vertement répondu « Je la corrige comme j’ai été  élevée enfant. C’est pour son bien ! »

Malgré son chagrin, Mamou puisa dans ses souvenirs que les multiples brimades n’avaient point effacés pour se remémorer l’époque où c’était l’amour fou entre sa tante et elle. Elle vivait encore chez sa mère au village. A chaque visite de sa tante, elle la harcelait de questions. « Tatie, tatie, tu m’as gardé quoi ? Tatie tu vas m’amener à Ongolaville avec toi ? Tatie, je veux voir mes cousins ! »

Comment cette tante qui lui ramenait toujours quelques friandises à grignoter, des vêtements achetés à Blackbazar avait pu se transformer en un tel dragon ? Ses punitions étaient devenues de véritables tortures. La fillette se rappelait ce jour où, prise d’une inspiration diabolique sa tante avait enduit son sexe de piment. Mamaou avait souffert le martyr tout simplement parce qu’un matin tenaillée par une faim dévorante elle était allée se servir dans la marmite. Sa tante l’avait traitée de voleuse, l’accusant d’avoir pris le plus gros morceau de viande. Celui réservé à tonton Gilbert. Mamou travaillait comme une machine, passait une journée entière sans manger. Elle savait qu’« une fille doit travailler pour gérer son futur foyer ». Mais pourquoi Anita sa cousine de loin son aînée, n’était pas soumise au même traitement ?

Mamou essaya de réfléchir. Et si tout cela n’était en fin de compte que le résultat d’une situation normale, voire courante… Et si en fin de compte tout cela arrivait par qu’elle n’était que l’enfant de l’autre ?

Elle poussa un soupir à fendre l’âme, s’étira peureusement sans pour autant bouger de son coin. Elle attendait craintive, que sa tante vienne la sortir de son cachot.

Crédit photo: Rtci.tn

Crédit photo: Rtci.tn

Les organisations terroristes ont très vite compris les enjeux d’une communication de proximité en ce 21e siècle. Twitter, Facebook, YouTube sont leur terrain de chasse autant pour recruter que pour toucher des nations entières.

Depuis les attentats-suicides perpétrés par Boko Haram et qui ont coûté la vie à plusieurs de nos compatriotes à Fotokol, et à Maroua dans la région de l’Extrême-Nord, la peur s’est installée au sein de la population camerounaise. Les Camerounais sont conscients de ce que plus personne n’est à l’abri d’un acte terroriste quel que soit le lieu où il se trouve désormais. Cette peur est voulue et recherchée par les terroristes qui ont compris qu’une guerre de nos jours ne se gagne pas seulement sur les terrains des combats. Les réseaux sociaux,notamment Facebook avec quelque 30 000 Camerounais (sans la diaspora) connectés est l’un des terrains de prédilection de ces manipulateurs hors pair.

L’homme qui crie n’est pas un ours qui danse

Les jours qui ont suivi les attentats de Maroua, des dizaines d’images montrant des corps sans vie ont fait le tour du web. Des messages postés par des personnes non identifiables annonçaient chaque jour des attentats. Des internautes plus attentifs ont vite découvert que certaines images annoncées comme prises au Cameroun étaient en réalité des archives de l’armée nigérienne.

Le but inavoué de cette communication sur les réseaux sociaux est sans aucun doute de créer la panique générale et tel un venin s’infiltrer dans la société camerounaise et étendre son empire du chaos sur toute l’Afrique. Car un peuple qui a peur, c’est un peuple qui ne parle pas, ne riposte pas, ne vaque plus à ses occupations.

 Pourquoi il ne faut pas faire le jeu des terroristes

« Quand le mal a toutes les audaces, le bien doit avoir tous les courages », écrit Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général de la présidence de la République (aujourd’hui en prison) dans une lettre ouverte à propos des attentats qui ont secoué l’Extrême-Nord, les 13, 22 et 25 juillet 2015.  En tant que jeune Camerounaise, je ne peux qu’être d’accord avec cette maxime. Nous devons avoir du courage, parce que  la vie est plus forte que la mort.

Depuis l’avènement des médias sociaux, de nombreuses personnalités sont montées aux créneaux pour mettre la jeunesse en garde contre une mauvaise utilisation des TIC. Dans le contexte actuel, où le terrorisme se répand à l’échelle planétaire, la vigilance est plus que de mise. Nous devons choisir avec un grand soin les posts et images que nous partageons, aimons et commentons à longueur de journée. Les terroristes ne sont pas des extra-terrestres venus de nulle part, beaucoup sont sûrement dotés d’une intelligence supérieure à la moyenne. En partageant des images qui heurtent la sensibilité ou des messages rédigés par n’importe qui, nous faisons leur jeu.

Un père sauve sa fille de la noyade. Crédit Photo. Paul Mahel

Un père sauve sa fille de la noyade. Crédit Photo. Paul Mahel

Il a fallu les inondations spectaculaires du 20 juin dernier dans le département du Wouri pour que la situation écologique de la ville soit enfin prise en compte.  Douala sera débarrassée de toutes les habitations construites sur les drains et qui empêchent l’eau de circuler normalement.  Dans quelques années donc, Douala affichera sans doute un autre visage. En attendant, le poumon économique de l’Afrique central est un scandale écologique.

Douala la rebelle, Douala la frondeuse, Douala la mondaine. Tant de mythes entourent cette ville portuaire, chef-lieu de la région du littoral. Cette métropole, la plus peuplée du Cameroun avec une population estimée à 2 446 945 habitants en 2011 est aussi une ville chargée d’histoire. Impossible de parler du Cameroun sans citer ce bout de pays. Dès l’école primaire, les livres d’histoire apprennent aux petits Camerounais que les premiers navigateurs occidentaux (Hollandais, Portugais, Espagnols) entrèrent au Cameroun par la côte. Les Douala (ce vocable désigne les autochtones. On parle des cantons ou villages Bonapriso, Deido, Akwa, Bonabéri, etc.), sont donc les premiers habitants à être en contact avec les hommes aux pieds de poule (La saison de l’Ombre, Leonora Miano). Les rois Douala comme Douala Manga Bell furent les principaux interlocuteurs des colons. Douala fut d’ailleurs choisie par les Allemands comme la première capitale du pays. Certains textes indiquent que le plan actuel de la ville est en partie hérité de la colonisation.

A côté de ce glorieux passé, Douala fut sur le plan politique, le théâtre d’événements majeurs dans les années 1990.  « Les villes mortes » ou la crise politique qui l’ont secouée, y prend ses racines alors que le vent de la démocratise soufflait sur l’Afrique après la chute du  » mur de Berlin « .

Aujourd’hui, par son dynamisme, sa position géographique stratégique, la ville de Douala s’est imposée comme « le poumon économique de l’Afrique centrale ». Elle est la porte d’entrée de nombreux étrangers africains qui veulent s’établir au Cameroun.  C’est dans cette ville que le tissu industriel camerounais est le plus solidement implanté. La plupart des investisseurs camerounais et étrangers choisissent le littoral camerounais. De ce fait, elle attire de nombreux jeunes campagnards en quête de travail. Mais depuis plusieurs années, on assiste aussi à un exode « urbain » des jeunes qui partent de Yaoundé travailler à Douala. Conséquence, la population de la métropole croit chaque année. Il s’en suit une pression démographique qui met l’écosystème terrestre en danger. Les  populations en quête de logement se sont installées un peu partout au mépris des règles de l’urbanisation et du respect de l’environnement. Des habitations ont été construites sur des drains, dans les marécages.  Si bien que le retour des pluies est toujours vécu avec angoisse par les populations installées dans ces bidonvilles. A plusieurs reprises, des inondations ont été signalées dans les quartiers populaires de Douala sans pour autant que les autorités réagissent .

Il a fallu les inondations du 20 juin dernier pour que les autorités décident enfin de prendre ce problème écologique à bras le corps. Jamais la ville n’avait été confrontée à un désastre de cette ampleur. Les eaux sont montées à un niveau insoupçonné engloutissant tout sur leur passage (maisons, voitures, personnes).  Pour se déplacer à Maképé, Missoké, il fallait ramer dans un bateau ou une pirogue. Les images ont fait le tour du Cameroun laissant abasourdis ceux qui pensaient que « cela n’arrive qu’aux autres ».

Deux jours après le retour à la normale, les populations ont été sommées de quitter, en 48 h, les maisons qu’elles habitaient pour certains, depuis trente ans !  Mais l’occupation anarchique des drains, les inondations ne sont pas les seuls problèmes écologiques à menacer Douala. Depuis plusieurs années, on assiste à une destruction inquiétante de la mangrove (lien). Les produits de la mangrove sont surexploités par les populations pour des activités comme le fumage du poisson, la vente du bois de chauffe, etc.

Jusqu’à présent, rares sont les actions mises en place pour protéger cette richesse. Faudra-t-il qu’un nouveau scandale écologique éclate pour prendre des mesures salutaires ?