Jeune homme "terrassé" par la bière. Crédit photo : Investir au Cameroun

Jeune homme « terrassé » par la bière. Crédit photo : Investir au Cameroun

Le Cameroun est l’un des pays africains où le taux de consommation de la bière est le plus élevé. En 2012 ce taux était de 4, 9 %. Tout le monde aime la bière. Au point où, les disciples de Bacchus ne se recrutent plus seulement auprès d’adultes hommes. Boire de l’alcool jusqu’à l’ivresse est devenu malheureusement, un art de vivre.

En décembre 2014, le gouvernement a décidé d’augmenter le prix des boissons alcoolisées particulièrement celui de la bière. La loi des finances 2015 a en effet modifié le mode de calcul des impôts sur les boissons fortes. Conséquence de cette nouvelle mesure, le prix de la bière passera de 500 F Cfa à 700 F Cfa


« Même si c’est 1000 F Cfa on va toujours boire »

En dehors des sociétés brassicoles qui s’inquiètent de l’accroissement des dépenses liées à cette mesure ou des ménagères qui y voient un moyen pour réduire la consommation de leur époux; la nouvelle n’a pas suscité le tsunami auquel on se serait attendu dans un contexte de vie chère. Dans les quartiers, les consommateurs semblent pour la plupart résignés.

En réalité la relation qui unit un grand nombre de Camerounais à la bière est si forte que rien ne semble pouvoir les séparer. Et dans ce mariage chaotique, on préfère supporter jusqu’à l’insupportable au lieu d’affronter la réalité. Des quartiers de Yaoundé sont devenus célébres pour le nombre de bars et snacks qui s’y trouvent. Les médias parlent de 6 000 bars dans la ville de Yaoundé ! Un business qui rapporte gros.

Les femmes aussi lèvent le coude

Au pays, tout le monde (ou presque boit). Même les femmes n’échappent plus à cet appel du vin. Elles sont de plus en plus nombreuses parmi les disciples de Bacchus. Souvent les samedis et dimanches après les tontines, Il n’est pas rare de les voir attablées dans les bars pour prendre « une séparante ». Celles qui ne supportent pas l’alcool fort se contentent généralement de bière dite « light », une seule règle prévaut « ne surtout pas prendre des jus, mais boire jusqu’à l’ivresse. Comme on le dit trivialement dans les quartiers : « Les femmes ne blaguent plus avec la bière ici ! ».

Effet de mode

Pour expliquer cette addiction aux conséquences dramatiques, certains chercheurs parlent de contexte social. Le coût de la vie est de plus en plus élevé. Les populations tirent le diable par la queue parce que les salaires n’ont pas changé depuis des lustres. Les jeunes sont confrontés au chômage. Pour oublier ces conditions de vie misérables, ils sont nombreux à noyer leurs soucis dans la bouteille. L’alcool tout comme le football est devenu un moyen dont ce sert les politiciens pour endormir le peuple.

A côté de ces arguments irréfutables, je constate que boire est devenu au fil du temps, une attitude, une habitude, un mode de vie tout simplement. Aucun événement ne se déroule plus sans le précieux liquide. Que de fois, j’ai entendu des réflexions du genre : « Un homme doit boire. Pas un peu, mais beaucoup » ou encore « Aka ! Quitte là avec tes biberons. Nous ne sommes pas des enfants pour prendre des jus ! ». Les week-ends, il est courant que des sportifs organisent des activités : footing, partie de foot pour garder la forme ou perdre du poids. Celles-ci s’achèvent souvent par la dégustation d’un bon bouillon de viande ou de poisson, le tout arrosé de bière.

La tragédie du verre

Un matin de 2014, devant la boutique de mon quartier, j’ai vu des adolescents en train de boire du Whisky. Il était 7 heures du matin. Etonnée, je n’ai pu m’empêcher de leur dire :  « Les amis, il est 7 heures du matin et vous êtes déjà là à avaler des sachets de kitokos ! ». Loin de les ébranler, ma remarque a eu le don de les amuser. Le trio a éclaté d’un rire sonore qui m’a fait croire un instant que je venais de sortir la blague la plus drôle de cette année, puis l’un d’eux m’a lancé : « Ma sœur est-ce que l’alcool c’est le café ou le thé ? Dès que tu as soif, tu bois, tout simplement »

Le geste qui sauve

Quelles que soient les raisons qui poussent certains d’entre nous à boire plus que de raison. Je reste convaincue que le bonheur ne se trouve pas sous une capsule. L’alcool cause plus de dommages qu’il n’en résout. Il est à l’origine de bien de drames familiaux et professionnels. Je me souviens d’un oncle que mes sœurs et moi redoutions lorsque nous étions enfants. Une fois qu’il avait bu, ce personnage sévère devenait d’une docilité extraordinaire. On profitait de ces moments pour nous venger de sa sévérité. J’ai su plus tard que l’alcool n’a pas les mêmes effets sur tout le monde. L’alcool peut transformer l’être le plus adorable en monstre suprême.

 

Depuis plusieurs années, la violence connaît une escalade vertigineuse dans le monde du football tant professionnel qu’amateur. Chaque jour au Brésil, en Italie, en Algérie, en France, des joueurs comme Albert Ebossé sont assassinés, des arbitres battus, des projectiles lancés, des stades envahis par des illuminés qui ont oublié que le football n’est en fin de compte qu’un jeu.

Albert Ebossé, un élan brisé sur un terrain de jeu. Credit photo, Atlasinfo.fr

Albert Ebossé, un élan brisé sur un terrain de jeu. Crédit photo, Atlasinfo.fr

Ainsi donc Albert Dominique Ebossé Bondjongo Dika valeureux attaquant de la JSK en Algérie a été assassiné ? Victime « d’un meurtre avec préméditation d’une violence bestiale commise pas par une seule personne, certainement par un groupe ». La conclusion d’un rapport d’autopsie réalisé par des experts camerounais et demandé par la famille du défunt footballeur vient ainsi de faire éclater la vérité au grand jour. Et pourtant, les responsables de cette équipe avaient indiqué que le footballeur avait été atteint pas le jey=t d’un projectile. Plus tard, les médecins algériens commis pour réaliser l’autopsie du footballeur ont conclu à une mort provoquée par « un objet contondant » sans plus de détails.
Mais tout cela, si on s’en tient à la contre-autopsie réalisée au Cameroun, n’était qu’une tentative de camoufler une vérité implacable. Albert Ebossé est mort, froidement assassiné par des personnages sordides alors qu’il venait de marquer l’unique but de son équipe.

Pablo Escobar

Qui sont ces assassins ? Pourquoi les responsables de la JSK au lieu de chercher à faire toute la lumière sur cette affaire ont plutôt laissé la famille du défunt seule avec son chagrin et ses mille questions sans réponses ? Qui était Ebossé pour mériter un sort pareil ?
Ebossé, c’était le fils, le pilier, le rempart d’une famille, le fiancé d’une belle demoiselle devenue veuve avant l’heure. C’était surtout un gars sans histoire de l’avis même des dirigeants de la JSK C’était surtout un sportif viscéralement attaché au sport roi parti de son Douala natal pour conquérir les cimes de la jeunesse Kabylie avec un seul objectif en tête : montrer toute l’étendue de son savoir et taper dans l’œil des responsables de l’équipe nationale. Une ascension brisée nette sur un terrain de .. .jeu.

Eh oui ! Le foot était un jeu collectif régit par des règles bien définies. Un jeu, une école de la non-violence où les valeurs de partage, d’amitié, de fairplays étaient auparavant les mieux appréciées. Je me souviens, il y pas si longtemps de cela, chaque échéance de foot, Coupe d’Afrique des Nations, Coupe du monde, Jeux olympiques étaient l’occasion de retrouvailles entre voisins. Il y avait toujours quelqu’un pour offrir à boire et nous les enfants en profitions pour nous gaver de ces sucreries habituellement rares sur nos tables.

Tout le monde est concerné

Aujourd’hui la violence est si ordinaire qu’elle semble être la règle du jeu. Cette violence est d’abord verbale. De quels noms d’oiseaux n’a-t-on pas traité Webo à cause d’un but raté ? Dans certains coins du monde, malheurs à l’arbitre, au joueur coupable d’une faute quelconque ! A croire que le foot rend intolérant et surtout cinglé !
J’entends déjà certains évoquer l’argent perdu par les clubs et autres personnes à cause d’un joueur maladroit. Mais pour moi, ces arguments n’ont pas de poids. L’argent ne doit nullement régenter le foot au point de nous pousser à ôter la vie à notre semblable.

Il est urgent que des actes soient posés pour arrêter ce flot de sang. Dans les zones à risque, les ministres de l’Intérieur doivent renforcer les mesures sécuritaires en qualité et en nombre, les clubs doivent aussi filtrer leurs supporters de façon à éloigner tous les hooligans, et autres éléments perturbateurs. Mais la meilleure façon d’y remédier reste une prise de conscience commune. La violence quel que soit le lieu où elle se manifeste doit être impérativement stoppée. Tout le monde est concerné, la Fifa, les clubs, la justice, les supporters. Chacun doit prendre ses responsabilités et se remettre en cause. Sinon Albert Ebossé, Pablo Escobar et tous les autres seraient morts pour rien.

 

Depuis que trois journalistes chevronnés ont été convoqués et mis sous contrôle judiciaire pour « non-dénonciation » par le tribunal militaire, les professionnels des médias camerounais s’interrogent sur leur avenir. L’inculpation de Félix Cyriaque Ebolé Bola, Baba Wame et Rodrigue Tongue annonce le début d’une ère sombre et difficile.

Les trois journalistes Camerounais interdits de quitter le Cameroun. Crédit photos: 237online.com.

Les trois journalistes Camerounais interdits de quitter le Cameroun. Crédit photos: 237online.com.

C’est une affaire sensible, très sensible même. J’ai beaucoup hésité avant d’écrire sur ce sujet relégué au second plan par la crise qui a secoué le Burkina Faso le 31 octobre dernier. Mais finalement, l’envie d’écrire à été plus forte que ma peur de me retrouver, moi «  »petit poucet  » de la plume, au cœur d’un feuilleton médiaticojudiciaire dont personne ne maitrise encore les contours. Je m’interroge sur les conséquences directes ou indirectes qu’aura cette affaire de « non-dénonciation » sur l’exercice du journalisme au Cameroun.

Une première sous le Renouveau

De quoi s’agit-il ? Le 28 octobre 2014 Félix Cyriaque Ebolé Bola, secrétaire de rédaction au quotidien Mutation, Baba Wamé enseignant en web-journalisme à l’Ecole des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic) de Yaoundé et Rodrigue Tongue, journaliste au journal Le Messager sont inculpés et convoqués au tribunal militaire dans le cadre de «l’affaire Me Harrissou ». Il est leur réprimandé : « Courant juillet-août 2014, en temps de paix, n’avoir pas averti les autorités militaires, administratives ou judiciaires de toute activité de nature à nuire à la défense nationale ». D’après plusieurs médias relatant l’affaire, Félix Cyriaque Ebolé Bola et Rodrigue Tongue auraient reçu entre le 23 et le 25 juillet dernier un document « litigieux » par l’entremise de Baba Wame. Le document serait venu de Me Harissou notaire, dit-on de grande réputation à Garoua (région du Nord) aujourd’hui en prison pour « outrage au président », « révolution contre la patrie et hostilité ». Le document devait être exploité dans leurs journaux respectifs. Aux médias qui ont relayé l’info, Félix Cyriaque Ebolé Bola affirme ne pas connaître Me Harrissou et l’avoir rencontré une seule fois lors de la couverture d’une assemblée des notaires en 2004.
Je sais que partout dans le monde, les journalistes reçoivent chaque jour dans leurs boites aux lettres, leurs emails, leurs téléphones des centaines de messages venant de partout. GIC, ONG hommes politiques, associations, comités, entreprises, et simples citoyens, sollicitent les médias pour toutes sortes d’événements. En fonction de sa ligne éditoriale, chaque entreprise de presse est libre d’exploiter ou non ces informations.
Je sais aussi que la protection des sources est un privilège sans lequel les médias auront un grand mal à fonctionner. Dans un contexte où les réseaux sociaux ont tué le scoop, c’est souvent sur des infos rares que les médias, surtout de la presse écrite, comptent pour attirer les lecteurs dans les kiosques.
Au Cameroun plus qu’ailleurs, la rétention de l’information n’épargne aucune publication. Même pas les médias d’Etat. Il y a un au deux ans, le quotidien Cameroun-Tribune avait réalisé tout un dossier sur la rétention de l’information. Maintenant c’est tout le monde qui aura peur de parler même pour donner la date d’un point de presse parce que « ces questions-là peuvent m’envoyer à Kondengui ». Par peur de cette épée de Damoclès qui pèse désormais sur sa tête,  il n’est pas exclu que le journaliste s’autocensure au risque de priver les lecteurs de ce qu’ils ont le droit de savoir.

Moussa Kaka

Selon diverses personnes que j’ai interrogées, c’est la première fois que des hommes des médias sont convoqués et inculpés devant un tribunal militaire depuis l’ascension de Paul Biya à la magistrature suprême il y a 32 ans. Mais l’histoire des médias en Afrique et dans le monde est jalonnée de faits comparables.
Il y a par exemple l’affaire Moussa Kaka  journaliste et correspondant de Rfi au Niger qui fit grand bruit en 2007-2008. A l’époque, il avait été inculpé et emprisonné pendant un an à cause de ses contacts professionnels avec les rebelles touaregs. Par un heureux hasard, je me trouvais devant le poste télé familial lors de la retransmission de sa libération. Je me rappelle, les cris de joie des femmes, la joie dans les médias. Félix Cyriaque Ebolé Bola, Baba Wame et Rodrigue Tongue n’ont pas (pour l’instant) été emprisonnés, mais mis sous contrôle judiciaire avec interdiction de sortir du Cameroun ou encore de faire des déclarations publiques. En gros, soyez journalistes, mais taisez-vous ou alors coopérez.

Face aux drames, aux catastrophes qui touchent le petit peuple, certains de nos dirigeants ont choisi de démissionner. Le grave accident de Biyem-Assi est venu confirmer cette vérité implacable,

Le gros-porteur à l’origine  de l'accident de Biyem-Assi. Crédit photo : Prince Nguimbous.

Le gros-porteur à l’origine de l’accident de Biyem-Assi. Crédit photo : Prince Nguimbous.


Le 16 octobre, un camion en furie a fait 8 morts et une dizaine de blessés graves au quartier Biyem-Assi à Yaoundé. Ces élèves rentraient des classes après une dure journée sur les bancs, contents de regagner leurs domiciles où les attendaient surement un plat fumant d’Okok ou de haricot à la viande. Ils marchaient insouciants de la mort comme on l’est à cette âge-là.
Malgré la gravité de la catastrophe, c’est  6 jours après que le ministre des Transport, Robert Nkili est descendu sur les lieux. Sur les antennes du poste national de la Crtv, le patron des transports camerounais avait dit être « meurtri et préoccupé » par les obsèques de la mère de la Première Dame du Cameroun, Mme Chantal Biya qui se tenaient au moment de l’accident. En dehors du Mintransports, aucun autre ministre, ni le ministre de l’éducation de Base, ni celui de l’enseignement Secondaire ne s’est rendu sur les lieux pour consoler les parents, rassurer les responsables d’écoles ou réconforter les élèves du lycée de Biyem-assi, du collège Flemming, du complexe scolaire Nesca, qu’on imaginent traumatisés par la mort violente de leurs petits camarades. Pas un mot, une phrase, une lettre, une fleur, rien. Même pas un message à Joël Embiid, le basketteur camerounais des sixers de Philadelphie qui pleure Arthur Embiid son petit frère de 13 ans, l’une des victimes du drame.

Octobre meurtrier

Nos officiels sont soudain devenu muets, aveugles. Un silence assourdissant, que beaucoup de camerounais assimile à de l’indifférence pour le petit peuple. Le drame de Yaoundé qui est survenu quelques jours après un accident similaire à Ndokoti à Douala aurait pu être plus catastrophique étant donné que l’accident a eu lieu à la sortie des classes, donc à une heure de grande affluence.
Ici, il ne s’agit nullement de juger qui que soit mais de questionner les actes de ceux qui sont à la tête de ce pays. Un ministre, un gouverneur, un préfet, un maire n’est pas n’importe qui ! C’est un leader, un meneur d’hommes capable d’impulser une politique. Il a des devoirs, un rôle précis à jouer, dans son ministère, son territoire de compétence, c’est lui qui mène la danse. Alors lorsqu’il choisit le silence alors que les situations lui imposent de réagir promptement que penser ?
Dans cette histoire, les partis politiques ne sont pas non plus à acclamer. Eux qu’on n’a pas beaucoup entendus depuis le début de ce mois d’octobre meurtrier, (en dehors du Mouvement pour la renaissance du camerounais (Mrc) descendu à Biyem-Assi quatre jours après l’accident). Les tragédies de Biyem-Assi et de Ndokotti ne sont pas les seuls. Depuis le début du mois, il y eu des accidents à Bafang, Bafoussam, Nkongsamba où deux jeunes prêtes sont morts broyés dans leur voiture. Pas un message de nos politiciens pourtant jamais avares de mots quand il faut tirer sur le régime. Normal n’est pas ? On n’était pas en période électorale!

 

Voilà 7 ans que cette grande figure de la littérature francophone nous a quittés. Écorché, révolté par l’inégalité entre les hommes, il avait fait de sa plume une arme redoutable. Yaoundé se souvient de son appel fraternel.

Aimé Césaire par le peintre Amaury Colyr Bonnin. Photo Barraki via wikimedia CC.

Aimé Césaire par le peintre Amaury Colyr Bonnin. Photo de Barraki via wikimedia CC.

« Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai ».  Je me lève ce matin d’octobre pluvieux et dans ma tête résonne inlassablement ces vers d’Aimé Césaire. Je suis comme obsédée textuellement. Les mots s’égrènent dans ma tête,comme un chapelet de bonheur. «Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques », «Partir… j’arriverais lisse et jeune », «Au bout du petit matin » et je comprends très vite que la journée ne sera pas à l’indignation mais à l’émerveillement. Pourtant aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a longtemps que je n’ai pas ouvert  « Cahier d’un retour au pays natal ». La faute ? Au livre. Ce poème long d’une quarantaine de pages écrit en vers libre entre 1936 et 1939 fait partie de ce genre d’ouvrages qui marquent d’une trace indélébile la mémoire du lecteur. Après une fouille minutieuse, je retrouve mon exemplaire au milieu d’autres bouquins. Je tourne frénétiquement les pages. J’avale goulument les mots et me laisse porter par la puissance évocatrice, la touche rythmique et la parole humaniste d’un poète qui a mis ses idées au service de la lutte contre le racisme, l’égalité entre les hommes. A travers la négritude, Aimé Césaire et les autres figures de proue de ce mouvement littéraire et politique que furent Léopold Sedar Senghor (le poète président) et Léon Gontran Damas voulaient rétablir l’homme noir dans sa dignité. Chacun dans son style d’écriture (académique pour Senghor et populaire pour Damas).

Césaire entre humanisme et négritude

En tournant les pages de « Cahier d’un retour au pays natal ce matin« , je constate que les ans n’ont pas altéré la portée et la force du discours de Césaire. Certes l’homme noir n’est plus l’opprimé de jadis. Certes les pays africains sont indépendants depuis 50 ans, certes le monde est devenu un village planétaire, mais réduire l’œuvre du martiniquais au seul problème des noirs, c’est oublier que qu’Aimé Césaire était avant tout un humaniste. L’humain, l’égalité entre les peuples est au centre de son œuvre. N’a-t-il pas dit « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir »?
Et dans ce monde où la violence semble la chose la mieux partagée, de nombreux peuples sont opprimés, spoliés, sans aucun droit même pas celui de choisir où ils peuvent vivre. Je pense aux rom, aux kurdes, aux afghans, aux jeunes de Gaza, à ceux de la République Centrafricaine, du Mali, aux minorités invisibles de Chine, à ces petites filles du Kivu en Rdc prisent dans l’étau d’une guerre sans fin.

L’hommage de Yaoundé

Parce que nous lui devons bien ça, un devoir de mémoire, Yaoundé se souvient. A l’initiative du talentueux metteur en scène camerounais Martin Ambara, un hommage artistique d’une semaine a été rendu du 7 au 15 octobre au poète décédé en 2008. Un hommage qui n’est pas le premier en Afrique. Le 20 mars 2013 à Dakar, à l’ occasion de l’ouverture du colloque organisé pour célébrer le Centenaire de sa naissance, le Président Sénégalais Macky Sall avait salué la mémoire d’un homme politique et écrivain engagé.
A Yaoundé, si la représentation théâtrale de « Cahier d’un retour au pays natal » a eu lieu en l’absence d’officiels camerounais et que le metteur en scène a regretté  l’indisposition de l’écrivaine martiniquaise Fabienne Kanor (elle a plusieurs fois honoré les milieux culturels camerounais de sa présence), le public de Yaoundé a répondu présent et ne s’est pas ennuyé une seconde au cours de ce rendez-vous du donné et du recevoir.

Pendant que Boko Haram sème la terreur dans le Nord du pays, les militaires tabassent et terrorisent les pauvres populations qu’ils ont pourtant le devoir de protéger. Même les policiers en prennent pour leur grade.

Ce n’est pas un fait nouveau. La brutalité de nos forces de l’ordre à l’endroit du simple lambda a souvent fait l’objet de billets d’humeur. Comment en effet rester indifférente face à un phénomène qui prend de l’ampleur ? Le fait divers qui me fait sortir de ma réserve est rapporté par le quotidien camerounais Le Jour et s’est déroulé à Douala au quartier Ndogbong. Cette zone est connue pour l’embouteillage qui y règne particulièrement aux heures d’affluence.

Ce jour-là une policière essayait de réguler la circulation, lorsqu’elle a été défiée par un automobiliste visiblement allergique à la moindre injonction. Le militaire vert de colère, ne s’est pas gêné pour sortir de son véhicule, gifler la pauvre dame à toute volée, arracher ses galons et son téléphone portable, cravater un commissaire descendu sur les lieux s’enquérir de la situation. Il faudra une circulation bloquée pendant deux heures, la descente du sous-préfet de la zone pour que le forcené daigne enfin se présenter et s’expliquer. Et ô surprise ! Les policiers de Ndogbong n’avaient pas à faire à n’importe qui. Mais à un colonel, capitaine de vaisseau et haut-responsable au ministère de la Défense !

Des scènes comme celle-là, je pourrais en raconter des tonnes. Je pense encore à cette famille, le père, la mère, les deux enfants et la nièce tués en début d’année dans un accident de la route parce que des hommes en tenues s’étaient lancés dans un dépassement hasardeux. La famille revenait d’un séjour dans la cité balnéaire de Limbé lorsque ce décès brutal est intervenu mettant ainsi fin à des rêves, à une vie familiale sans histoire.

Comment des gens formés pour prévenir les troubles à l’ordre public peuvent être les premiers à semer le chaos et la désolation ? Comment un haut-gradé de l’armée peut-il se comporter avec autant de mépris pour les autres ? Pour une bière bien glacée, une bousculade dans la foule, une place njoh (gratuite) dans le taxi ou le bus, une inscription pour l’enfant dans un lycée, une belle au derrière renversant, ils sont prêts à sortir le poing et de plus en plus l’arme.

Trop de visages défigurés, des larmes versées, des familles endeuillées !

il est temps que cela cesse !

La rue n’est pourtant pas une une arène pour gladiateurs en mal de combats et mon visage n’est pas un tam-tam !