Aimé Césaire : remenber l’alchimiste du verbe !

Voilà 7 ans que cette grande figure de la littérature francophone nous a quittés. Écorché, révolté par l’inégalité entre les hommes, il avait fait de sa plume une arme redoutable. Yaoundé se souvient de son appel fraternel.

Aimé Césaire par le peintre Amaury Colyr Bonnin. Photo Barraki via wikimedia CC.

Aimé Césaire par le peintre Amaury Colyr Bonnin. Photo de Barraki via wikimedia CC.

« Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai ».  Je me lève ce matin d’octobre pluvieux et dans ma tête résonne inlassablement ces vers d’Aimé Césaire. Je suis comme obsédée textuellement. Les mots s’égrènent dans ma tête,comme un chapelet de bonheur. «Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques », «Partir… j’arriverais lisse et jeune », «Au bout du petit matin » et je comprends très vite que la journée ne sera pas à l’indignation mais à l’émerveillement. Pourtant aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a longtemps que je n’ai pas ouvert  « Cahier d’un retour au pays natal ». La faute ? Au livre. Ce poème long d’une quarantaine de pages écrit en vers libre entre 1936 et 1939 fait partie de ce genre d’ouvrages qui marquent d’une trace indélébile la mémoire du lecteur. Après une fouille minutieuse, je retrouve mon exemplaire au milieu d’autres bouquins. Je tourne frénétiquement les pages. J’avale goulument les mots et me laisse porter par la puissance évocatrice, la touche rythmique et la parole humaniste d’un poète qui a mis ses idées au service de la lutte contre le racisme, l’égalité entre les hommes. A travers la négritude, Aimé Césaire et les autres figures de proue de ce mouvement littéraire et politique que furent Léopold Sedar Senghor (le poète président) et Léon Gontran Damas voulaient rétablir l’homme noir dans sa dignité. Chacun dans son style d’écriture (académique pour Senghor et populaire pour Damas).

Césaire entre humanisme et négritude

En tournant les pages de « Cahier d’un retour au pays natal ce matin« , je constate que les ans n’ont pas altéré la portée et la force du discours de Césaire. Certes l’homme noir n’est plus l’opprimé de jadis. Certes les pays africains sont indépendants depuis 50 ans, certes le monde est devenu un village planétaire, mais réduire l’œuvre du martiniquais au seul problème des noirs, c’est oublier que qu’Aimé Césaire était avant tout un humaniste. L’humain, l’égalité entre les peuples est au centre de son œuvre. N’a-t-il pas dit « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir »?
Et dans ce monde où la violence semble la chose la mieux partagée, de nombreux peuples sont opprimés, spoliés, sans aucun droit même pas celui de choisir où ils peuvent vivre. Je pense aux rom, aux kurdes, aux afghans, aux jeunes de Gaza, à ceux de la République Centrafricaine, du Mali, aux minorités invisibles de Chine, à ces petites filles du Kivu en Rdc prisent dans l’étau d’une guerre sans fin.

L’hommage de Yaoundé

Parce que nous lui devons bien ça, un devoir de mémoire, Yaoundé se souvient. A l’initiative du talentueux metteur en scène camerounais Martin Ambara, un hommage artistique d’une semaine a été rendu du 7 au 15 octobre au poète décédé en 2008. Un hommage qui n’est pas le premier en Afrique. Le 20 mars 2013 à Dakar, à l’ occasion de l’ouverture du colloque organisé pour célébrer le Centenaire de sa naissance, le Président Sénégalais Macky Sall avait salué la mémoire d’un homme politique et écrivain engagé.
A Yaoundé, si la représentation théâtrale de « Cahier d’un retour au pays natal » a eu lieu en l’absence d’officiels camerounais et que le metteur en scène a regretté  l’indisposition de l’écrivaine martiniquaise Fabienne Kanor (elle a plusieurs fois honoré les milieux culturels camerounais de sa présence), le public de Yaoundé a répondu présent et ne s’est pas ennuyé une seconde au cours de ce rendez-vous du donné et du recevoir.

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