Le disque rayé des musiciens camerounais

 

Crédit photo : Camer.Be

Crédit photo : Camer.Be

Depuis de nombreuses années de violentes batailles sur la gestion des droits d’auteurs déchirent la famille de la musique camerounaise. face à une administration qui ne les offrent pas toujours d’alternatives, fragilisés par le piraterie, la percée des Ntic, les musiciens camerounais évoluent dans la précarité, clochardisés alors qu’ils possèdent un talent à revendre.

  Les artistes- musiciens camerounais pourront-ils décemment vivre du fruit de leurs talents ? La question mérite d’être posée en ce temps de célébration de la fête de musique à travers le monde. Le pouvoir de la musique n’est plus à démontrer. C’est un élément rassembleur. Il adoucit les mœurs, favorise le brassage culturel, la mixité sociale et générationnelle. Avec la musique, toutes les barrières, même linguistiques tombent d’elles-mêmes.

 Forte de ses 250 ethnies, le Cameroun peut se targuer d’être l’un des pays d’Afrique centrale avec la Rdc à avoir un grand nombre de stars mondialement reconnues comme le « baobab » Manu Dibango qu’on ne présente plus.  Quatre de ces rythmes ont été popularisés sur la scène internationale.

  • Le bikutsi, le rythme des peuples de la forêt (Les béti-fang bulu qu’on retrouve dans la région du Centre et du Sud Cameroun) amené par des ténors comme Sally Nyolo, les Têtes brûlées, Nkodo Sitony, Messi Martin, etc.
  • Le Makossa , le rythme des peuples de la côte ( les Douala sur le littoral Camerounais) avec Eboa Lottin, Ben Decca et sa sœur Grâce Decca, les blacks style, Ndedi Eyango, Tom Nyoms, Petit Pays, Penda Dallé, Jean-Pierre Essomé, etc.
  • Le ben skin, danse et chant des peuples du grass fields dans l’Ouest du Cameroun. Popularisé par André-Marie Talla, Marolle Tchamba, San Fan Thomas (inventeur du makassi), etc.
  • L’assiko danse et chant des peuples bassa dans le centre et le littoral camerounais avec Jean-Bikoko Aladin,

A côté de ces rythmes traditionnels, la musique urbaine est très dynamique avec des jeunes reconnus même aux Etats-Unis comme Charlotte Dipanda, les rappeurs Stanley Enow, Jovi, Krotal, X-Maleya les rois de l’Afro-pop au Cameroun, Daphné, Otu Bala Jah ambassadeurs du reggae, Sanzy Viany, etc.  Le Cameroun est donc un vivier de talents. Nombre de nos bassistes, comme André Manga qui travaille avec l’américain Paul Simon sont recherchés à travers le monde.

Dresser ainsi le tableau paraît idyllique. Que non !  Depuis plus de 10 ans de fausses notes sont régulièrement enregistrées. Au cœur des batailles rangées, le problème de gestion des droits d’auteurs. Trois sociétés de gestion des droits d’auteurs ont déjà été créées.  La première, la Cmc fut gérée par Sam Mbendé qui se retrouvera en conflit ouvert avec le Ministre des Arts et de la culture, Ama Tutu Muna. Malgré une décision de justice rendue à sa faveur, il ne sera jamais rétablit dans ses fonctions. Par la suite vers 2010, une autre maison de gestion la Soacam est mise sur pied. A la tête Odile Ngaska, talentueuse chanteuse de gospel et épouse d’une personnalité. Certains médias la présentaient alors comme « la protégée » d’Ama Tutu Muna. Mais son nom sera plus tard trainé dans la boue on l’accuse de de détournement de fonds, elle sera débarquée de la Soacam. Des élections sont organisées pour élire un nouveau Pca. Ndedi Eyango musicien installé aux Usa, présent sur la scène depuis plus de 25 ans dont les talents d’auto-compositeur, de faiseur de stars sont connus. Il se présente et remporte les élections. Mais coup de théâtre, quelques semaines seulement après son élection fort médiatisée, Ndedi Eyango est débarqué de la Soacam, ses anciens électeurs se sont subitement souvenu qu’il est naturalisé américain.

 Et depuis lors, c’est le flou total. Des comités sont créés pour des résultats pas toujours visibles. Ama Tutu Muna, le Minac que les médias camerounais ont surnommé « La rebelle de la République » aurait accordé contre l’avis de son patron, le premier Ministre Philemon Yang qui voulais voir clair dans ce conflit, un nouvel agrément pour la création d’une nouvelle maison de gestion des droits d’auteurs. Comme on le voit, la situation est confuse. On nage en plein cafouillage. Pendant que certains sèment la zizanie autours d’une gestion aux enjeux financiers importants, d’autres sont obligés d’avoir une double voire, une triple casquette pour vivre.  Beaucoup évolue dans la précarité et tirent le diable pour s’en sortir (l’expression est d’un artiste).

 Atango de Manadjama, chanteur populaire inventeur du « Zécké Zécké » confiait à un média local, travailler de temps à autres comme mascotte pour une association œuvrant dans le marketing social. Son rôle : animer et sensibiliser les foules sur la protection contre le paludisme, le Sida. Une activité qui lui donne juste le minimum pour prendre soin de sa famille.  La construction de sa maison est à l’arrêt depuis longtemps faute d’argent. A force d’ingéniosité, une catégorie d’artistes a réussi à se faire une place respectable dans le monde des affaires. Prince Afo Akom est aussi couturier, le chanteur de bikutsi Atebass est tailleur.

Mais, pour les artistes « purs et durs » qui ne vivent que pour et par la musique, les jours sans pain sont nombreux.  C’est avec une immense tristesse que je vois des chanteuses comme Annie Anzouer qui a écrit une des belles pages de notre musique recevoir une guitare de la part des autorités en charge de la culture alors qu’elle se bat toute seule après une brillante carrière à transmettre son savoir aux jeunes artistes.

 Il ne fait aucun doute que la solution au problème des droits d’auteurs au Cameroun n’est pas la création d’une nouvelle maison de gestion. La plupart des observateurs et même certains artistes le reconnaissent. Il est important en premier lieu que les artistes parlent d’une seule et même voix. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Dans les médias, on entends plus que parler de la bande à Roméo Dicka,  etc. Or s’il y a une chose dont les artistes musiciens ont vraiment besoin aujourd’hui, c’est l’entente et la solidarité. Parce qu’avec la percée des nouvelles technologies de l’information et de la communication rien n’est plus comme avant.  Les musiciens ont besoin de repenser leur fonctionnent pour être à l’avant-garde.  Ces qualités les permettront de s’organiser pour trouver comment faire face aux nouvelles exigences du monde de la communication d’aujourd’hui et pour revendiquer un statut, lutter contre le fléau qu’est la piraterie.

Protection de la nature, l’Afrique est-elle mal partie ?

 La corruption, le difficile accès des populations à l’information, le désintérêt des politiques et de certaines personnes qui voient à la lutte pour la protection de la nature un slogan creux sont des handicaps sévères pour une révolution verte sur le continent noir.

Crédit photo: Nicky Aina

Crédit photo: Nicky Aina

Dans le monde d’aujourd’hui, aucun combat, aucune lutte, aucune révolution ne peut être remporté sans une prise de conscience forte et une implication profonde des populations. Au Cameroun, on n’assiste pas encore à un mouvement écologique d’ampleur. Les actions de sensibilisation, l’urgence de protéger la terre sont pour la plupart selon mon observation, le fait de quelques associations et Ong. Certaines travaillent avec l’appui technique ou financier d’Institutions comme l’UE, le WWF mais leurs actions sur le terrain restent limitées faute de moyens. Conséquence, lorsqu’on sort de Yaoundé la capitale et de Douala la deuxième ville du pays, on se rend compte que l’information ne circule pas pleinement. Les populations manquent cruellement d’éléments sur les dangers qui menacent la terre, sur le rôle qu’elles peuvent jouer pour atténuer les effets du changement climatique.

 J’ai eu une conversation édifiante à ce sujet avec une cultivatrice possédant des champs de manioc et d’arachide à Mbamalyo à une cinquantaine kilomètres de Yaoundé. Depuis des lustre, cette femme et fille de cultivateur utilise la technique de culture sur brulis. Or, les environnementalistes sont unanimes pour dire que cette technique est à l’origine de la régression de la forêt. Il a fallu un fait divers pour que la cultivatrice qui ignorait tous ces corollaires, reconsidère sa manière de travailler. « Des jeunes avaient été commissionnés pour faire un feu de brousse dans un champs. Mais ils ont mal exécuté la consigne et le feu s’est propagé partout, brulant tout sur son passage, les plantes médicinales comme les arbres. Les dégâts étaient énormes. Mes enfants m’ont demandés s’il n’y avait pas pour nous, une autre façon de travailler. C’est comme ça que la famille s’est lancée dans des recherches pour découvrir que l’agriculture sur brûlis n’est pas une bonne technique de culture ».  La quête de l’information a donc « sauvé » cette famille qui se retrouve sans l’avoir véritablement voulue acteur d’un combat âpre et long. Cependant, il y a une catégorie de paysans qui ne peut aller à la recherche de l’information. Souvent illettrés, vivant dans des zones très enclavées ceux-là ont besoin que l’information aille vers eux.

Science sans conscience

En 2014, le gouvernement camerounais interdit « sur l’étendue du territoire national, la fabrication, la détention, la commercialisation ou la distribution à titre gratuit les emballages plastique non-biodégradables à basse densité, ainsi que les granulés servant à leur fabrication ». Sur le papier, les consignes du ministre de l’Environnement sont claires mais sur le terrain l’application de cette interdiction se heurte à plusieurs difficultés. Pas ou peu préparé à investir dans la fabrication assez couteuse des plastiques biodégradables, les entreprises de plasturgies mettront un temps avant de pouvoir ravitailler le marché national. Mal informés, incapable de faire la différence entre un plastique « bio » et les autres, certaines personnes vont se faire rouler par des commerçants véreux. Conséquences immédiates : un an après l’entrée en vigueur de cette interdiction non seulement les plastiques non-biodégradables n’ont pas disparu mais en plus les clients doivent maintenant payer l’emballage dans les boutiques, les supermarchés et autres lieux de commerces. « Un fiasco » qui aurait pu être évité ou tout au moins atténué si une campagne de sensibilisation forte avait été au préalable menée pour expliquer aux populations, les bien-fondés d’une action louable et amplement justifiée.

Corruption

 Le combat pour la protection de la nature se heurte aussi à problème tout aussi crucial. Il s’agit notamment du déficit de moyens humains et financiers. Certains parcs et aires protégées du Cameroun souffrent d’un manque  d’éco-gardes. Et lorsque il y en a, ceux-ci travaillent dans des conditions précaires sans matériels. Une situation qui accentue leur vulnérabilité d’autant plus que les braconniers sont de mieux en mieux organisés et opèrent avec un matériel ultrasophistiqué. Ils n’hésitent plus à tuer. Des éco-gardes ont helàs trouvé la mort dans l’exercice de leurs fonctions. Souvenez-vous du massacre d’éléphants perpétrés en fin 2011 dans le parc de Bouba-Djida dans la région du Nord où plus de 200 éléphants ont été massacrés par des braconniers venus du Soudan.

 La corruption est un poison. Une véritable gangrène qui touche hélas, dans mon cher et beau pays, tous les secteurs de la vie. La lutte contre le braconnage n’échappe pas à cette triste réalité. Comme je l’ai soulignée plus haut le braconnage est une activité criminelle bien organisée. Les braconniers bénéficient souvent de soutien dans les milieux les plus insoupçonnés. Récemment à Mouloundou dans la région de l’Est, un de ces hors-la-loi a été arrêté par la police sous l’action des agents du ministère des Forêts et de la faune(Minfof) en possession de 104 pointes d’ivoire, une arme de guerre et 1000 munitions. Curieusement, moins de 48h après s arrestation publique, le braconnier a été aperçu dans la ville faisant tranquillement des emplettes, rapporte le quotidien Le Jour. Les policiers ont indiqué à la presse l’avoir libéré « sur ordre du sous-préfet » de la localité. Les pointes et les armes saisies auraient aussi disparu sans laisser des traces. Ce fait-divers n’est malheureusement pas un cas isolé. Les associations de lutte pour la protection de la nature dénoncent très souvent les complicités de certaines autorités dans ce trafic. Contre des espèces sonnantes et trébuchantes, la vie des générations futures est ainsi sacrifiée !

 Politiquement vert

Pour certains observateurs, les balbutiements de la lutte pour la préservation de notre écosystème terrestre est la résultante du désintérêt des politiques pour la cause environnementale. « On préfère construire des routes qu’investir un peu dans la préservation de l’environnement. Mais cela fait plus de 50 ans que nous nous battons pour des problèmes élémentaires comme la santé, l’éducation. Il est bon de penser aussi à relever des défis comme la préservation de l’environnement », me demandait l’autre jour une amie verte de colère et d’engagement. Au Cameroun, selon nos informations, il existe un seul parti politique des verts, le Mouvement des écologistes camerounais. J’ignore quand ce parti a été créé mais il a participé à la dernière élection présidentielle en 2011 et depuis plus rien. Toute les informations disponibles sur le net datent de 2011 et parlent uniquement du scrutin présidentiel 2011.  Difficile donc de savoir quelles sont les cations des Mec en faveur de la nature. Et pourtant les politiciens ont un rôle fondamental à jouer dans ce combat planétaire. Le Cameroun comme la plupart des pays africains vit de ses ressources naturelles. Nous exportons le bois, le pétrole, le fer, etc. Qu’adviendra-t-il de nous et des générations à venir quand tous ces biens de la nature seront épuisés

 

 

Terrorisme, le mal du siècle

Abubakar Shekau. Wikimédia CC.

Aboubakar Shekau. Wikimédia CC.

Les terribles évènements de Garissa sont encore frais dans nos mémoires. Pendant les jours qui ont suivi cet attentat, l’un des plus sanglants perpétrés par les terroristes du shebab, chacun est allé de sa colère, de sa douleur, de sa plume, de son post pour témoigner son soutien au peuple kényan durement éprouvé par la perte de ces jeunes étudiants.

L’indignation était telle que j’ai failli prendre ma plume comme la plupart des blogueurs et de mondoblogueurs pour dire mon incompréhension. Mais je ne l’ai pas fait parce que même à l’heure d’Internet et de l’effet buzz, il est parfois judicieux de prendre du recul sur ses émotions et proposer une autre lecture des faits. Contrairement à ce que beaucoup ont pensé, le débat n’était pas d’être ou ne pas être Kényan comme le monde a été Charlie en février dernier.

En fait, les tristes événements de Garissa sont venus (si je peux dire ainsi), confirmer une vérité implacable : le terrorisme est parmi et partout avec nous ! Telle une épidémie, ce mal du siècle s’est répandu à la vitesse de l’éclair. Aucune nation, aucun pays, aucun continent ne sont désormais épargnés. Et l’Afrique avec ces multiples conflits semble devenir la terre promise des ces multinationales du crime.

Le 11 septembre 2001
Je me souviens très bien des attentats du 11-Septembre. Je n’étais pas allée à l’école ce jour-là. Une vilaine rage de dents m’avait clouée à la maison. Je regardais les images en pensant dans ma naïveté de gosse que cela ne pouvait se produire dans mon pays.

J’étais alors à mille lieues de m’imaginer qu’un jour les terroristes viendraient jusqu’aux portes de mon ‘rios dos camaroes » de mon Cameroun natal, enlever des jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles, égorger sans aucune pitié des vieillards au seuil de la mort, kidnapper des garçonnets pour en faire des enfants kamikazes.

Non ! Le problème n’est pas d’être ou ne pas être Kényan. Le problème est de savoir qu’elle est notre réaction face au terrorisme, cette organisation internationale du crime. Je crois que nous commettons une grosse erreur en donnant une connotation religieuse aux exactions commises par les organisations terroristes.

La religion n’est qu’un prétexte, un alibi utilisé pour se donner une certaine légitimité et  attirer la sympathie de pauvres êtres et surtout recruter des hommes pour leurs armées. Que ce soit en Libye,  Irak,  Syrie, Mali, Nigeria, dans tous ces pays où le terrorisme a pris corps avant de se propager dans le monde, ce sont les populations qui payent le prix fort .

Parce que comme le dit un proverbe chinois « peu importe que le chat soit blanc au noir, l’essentiel, c’est qu’il attrape la souris ». Plus prosaïquement, peu importe que la victime soit chrétienne ou musulmane, l’essentiel pour le terroriste c’est de faire couler le sang et régner la terreur.

C’est quoi un terroriste ?
Le terroriste est un individu sans aucune foi ni loi. Un homme assoiffé du pouvoir, un personnage à l’esprit si tordu que même les psychologues les plus réputés se perdent en théorie. Le terroriste n’a jamais tort. Tous les crimes commis, il les justifie en faisant croire au monde entier que ce qui arrive est notre faute, que nous payons pour l’arrogance ou les errements de nos hommes politiques.

Ce sont des fins connaisseurs de la nature humaine et de grands manipulateurs. Les terroristes et autres rebelles qui pullulent dans les régions comme la RDC n’attachent aucun prix à la vie humaine.  Aboubacar Shekau de Boko Haram résume lui-même assez bien cela : « Vous savez que notre amour pour la mort est plus fort que votre amour de la vie  ».

Le terrorisme est un fléau aux conséquences si lourdes. Je n’ose pas imaginer la souffrance des 200 jeunes filles enlevées par Boko Haram, il y a bientôt un an et que l’opinion semble presque avoir oubliées.

Comme l’a dit Michaelle Jean, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) lors de sa visite du 14 au 16 avril au Cameroun, le terrorisme est une menace globale qui cherche « son nid dans toutes les brèches de notre société ». Nous nous devons d’être solidaires. « Parce que l’homme qui crie n’est pas un ours qui danse ».

A toi LucO premier artiste autiste au Cameroun

 

Une affiche de sensibilisation sur l'autisme. Crédit Photo:SoleilpartageCameroun

Une affiche de sensibilisation sur l’autisme. Crédit Photo : SoleilpartageCameroun

LucO ton nom résonne comme une douce mélodie.
Un chant d’espoir et de renaissance
A  toi que je ne te connais pas, non pas encore
Je ne sais pas si nous aurons un jour l’opportunité de nous serrer la main.
Je sais juste que tu es un ado
A qui la vie n’a pas fait de cadeau
Un bel ado
Au teint clair, à la silhouette mince et élancée
Un peintre au pinceau magique
Libérateur d’un monde enchanteur
Je n’ai pas pu résister à ce festin de couleur auquel tu as convié le public
Une valse pas du tout mélancolique qui aurait inspiré à Baudelaire célèbre poète français, « Les fleurs du bien »
Car dans chaque coup de pinceau bleu
Dans chaque trait jaune
Dans chaque dessin rouge
J ai entendu un appel fort, celui de la vie !
Tu sais je suis un peu comme toi, voilà des années que je me bats pour ne pas sombrer dans le silence auquel mes problèmes d’auditions voudraient me condamner.
Ce n’est jamais facile de se battre contre une maladie incurable, contre un ennemi invisible. Il faut souvent puiser loin, la force de lutter
Parfois aussi accepter que le regard des autres ne sera jamais celui qu’on souhaite
Toi LucO, avec le puissant amour de ta maman, héroïne des temps modernes, tu réussis chaque jour un peu plus à remporter des victoires contre l’autisme
Ce trouble envahissant du comportement qui voulait t’empêcher de découvrir le monde.
Non seulement tu l’as découvert, mais tu nous permets aussi de découvrir ton monde à toi à travers tes toiles
Vas-y LucO ! Enchante-nous à coups de pinceau magique !

Ce que nous devons aux chercheurs

Arthur Zang. Un jeune chercheur qui trouve. Photo .Parismatch.com

Arthur Zang. Un jeune chercheur qui trouve. Photo .Parismatch.com

 

« Des chercheurs qui cherchent on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en recherche ». Je ne me rappelle plus de l’année. Juste que c’était au lycée. Au premier cycle. Ces phrases étaient inscrites sur le mur au fond d’une salle de classe. A l’époque, j’avais bien rigolé. M’attardant sur l’esprit espiègle du petit scribouillard qui avait gravé cette sentence. Je le trouvais inspiré de jouer ainsi avec des mots. J’étais jeune alors et je pensais comme beaucoup que la recherche était un domaine vain.

Ah l’ignorance de la jeunesse !

 Il faut dire qu’autour de nous à Yaoundé les représentations dans le domaine de la recherche étaient rares. Lorsqu’on entendait parler s’était souvent au sujet des polémiques qu’elles suscitaient. Du coup on se demandait à quoi pouvait ressembler un chercheur, quelles genres de recherche effectuent-t-il. Pour nourrir nos fantasmes, on regardait des films de science-fiction en imaginant les chercheurs camerounais comme des petits vieux aux cheveux poivre et sel toujours plongés dans des interminables équations physique.

Des chercheurs qui trouvent

Des années plus tard, je suis tombée sur des articles de presse parlant de la découverte d’un vaccin contre le Sida ua Cameroun. En 2003 vérifier la date), feue le Pr Victor Anomah Ngu, déclara avoir mis au point un vaccin pour lutter contre cette pandémie : le vanihax18 personnes séropositives traitées avec ce vaccin étaient redevenues séronégatives. L’annonce fit grand bruit. Le traitement du Sida est un sujet sensible beaucoup n’y croyaient. Surtout que le Pr travaillait dans des conditions difficiles. Aujourd’hui encore il n’est pas clairement dit si le Vanihax était efficace. Un épisode très instructif comme mon passage aux journées de l’excellence technologique organisé par le ministère de la Recherche et de l’innovation technologique. Le monde de la recherche venait à moi ou plutôt j’allais vers le monde de la recherche. Les visiteurs pouvaient découvrir des inventions vraiment extraordinaire et ceci dans tous les domaines, l’agroalimentaire, la santé, les technologies, les cosmétiques, l’artisanat, etc. Du miel transformer en médicaments, en vin et en liqueurs. Des machines pour écraser les feuilles de manioc. Les visiteurs pouvaient déguster un breuvage original, le jus de manioc !

 Des cardiologues même au village

 La recherche est donc un domaine extraordinaire. Celui qui nous amène à la découverte de personnes au talent et au culot déroutant. Arthur Zang est un jeune informaticien camerounais de 28 ans. Il y a quelques années de cela, il a inventé le Cardiopad la première tablette tactile médicale africaine. Cet outil révolutionnaire va permettre aux médecins de pouvoir consulter les patients à distances. Dans un pays qui compte moins de 40 cardiologues pour 20 millions d’habitants, c’est une véritable avancée qui va permettre de sauver de nombreuses vies. Tout comme celle effectuée au Centre Pasteur du Cameroun.

Le 9 mars, cet institut a présenté les premiers résultats de ses 10 ans de recherche sur l’ulcère de Buruli. Cette infection chronique de la peau causée par une mycobactérie sévit principalement dans les zones tropicales. C’est une maladie négligée à l’origine de larges lésions sur la peau notamment sur les bars et les jambes. Ces plaies sont très difficiles à cicatriser et peuvent sérieusement handicaper le malade. La maladie est découverte au Cameroun en 1969 mais les causes exactes de sa transmission ne sont pas totalement connues. Malgré le temps qui passe les chercheurs n’ont pas abandonné leurs investigations. Un vrai soulagement pour les populations. Dans certaines régions du Cameroun comme le centre, les populations attribuent cette maladie aux sorciers et les victimes sont mises au ban de la société. Les chercheurs sont à leur manière des Zorro que nous ignorions. Grâce aux recherches effectuées par le Centre pasteur du Cameroun sous la coordination du Dr Sara Eyangoh avec le concours du l’institut Pasteur de Paris, de l’Ird, etc, on sait désormais que la moustiquaire permet de prévenir cette maladie handicapante.

 Pourquoi il faut investir dans la recherche

Au jour d’aujourd’hui, aucune nation ne peut prétendre développement si elle ne fait pas la promotion de la recherche. C’est un domaine absolument indispensable. Il est urgent que les pays africains reconnaissent la recherche comme un travail, un boulot en plein temps qui peut avoir un impact positif sur la croissance économique de nos pays. Les politiques doivent améliorer les conditions de travail des chercheurs en mettant à leur disposition des financements suffisant. Cela est d’autant plus urgent que deux tiers de la population mondial vit dans les pays-sous-développés. De plus, les recherches scientifiques et techniques effectuées en occident pour être utilisées dans nos pays ne sont pas très grandes comme l’explique le scientifique américain Eugène Stanley dans « La science au service du développement ». La recherche scientifique et technique contribue grandement au bien-être des populations surtout quand elle est par des personnes qui ont un sens poussé de leurs responsabilités.

Shameless

Une vue de l'Iric à Yaoundé. Crédit photo : 237online

Une vue de l’Iric à Yaoundé. Crédit photo : 237online

L’Institut des relations internationales du Cameroun fait partie de ces grandes écoles que tous les jeunes rêvant d’une belle et riche carrière dans la diplomatie internationale, veulent intégrer. Les étudiants de cette prestigieuse école auront la lourde charge de représenter le Cameroun à travers le monde entier. Raison pour laquelle, seuls les meilleurs élèves sont recrutés à l’Iric par voie de concours uniquement.

 

 Mais la réalité dépasse souvent de loin la fiction. La publication de trois listes (la seconde annulant à chaque fois la première) de résultats pour un seul concours est venue renforcer l’idée fortement répandue selon laquelle l’accès aux grandes écoles est un business. Une chasse gardée où seuls les enfants des personnalités et leurs proches ont droit à l’accès. Sinon que retenir de ce que les médias camerounais ont baptisé « l’affaire Iric ».

  Le 27 février les résultats du concours d’entrée au cycle master de l’Iric tombe. Les résultats présentant 15 noms sur la liste définitive et 9 dans la liste d’attente est affichée. Y figure, les noms des enfants de quelques personnalités et d’autres qui ne le sont pas.

Le lendemain 28 février, coup de théâtre ! La liste est enlevée et remplacée par une autre où le nom de la vice-major et de 5 autres étudiants n’apparaissent plus. Que s’est-il passé ?  Les parents et les lauréats du concours ne comprennent rien. La presse flaire l’odeur d’un scandale. Le quotidien Mutations parle tout simplement de tripatouillages et publie les deux listes querellées à la une. Mais le directeur de l’Iric réfute vigoureusement cette idée. Il faudra attendre la publication d’un reportage sur Rfi pour que l’affaire prenne une autre tournure. Peut-être la peur de voir l’image de notre beau pays une fois de plus ternie a-t-elle poussé les responsables de l’Iric à reconnaitre leurs fautes.

 Un scandale peut en cacher un autre

 Dans un communiqué, le ministre des Enseignements secondaire va reconnaitre le changement des listes et explique ce geste par le souci de respecter le principe de l’équilibre régional (arrêté et d’ajouter les noms des candidats de la région de l’Est, de l’Extrême-Nord et du Nord qui ni figurent pas sur la première ! En clair, six brillants étudiants ont failli voir leur destin brisé pas parce qu’ils n’étaient pas brillant mais parce qu’ils n’étaient pas les meilleurs de leurs régions d’origine. Heureusement pour eux, le Présidente de la République Paul Biya est venu réparer cette injustice.  Au final 22 étudiants soit les 15 de la 2ème liste et les 6 de la 1ère liste ont été admis (ne me demandez pas comment 15 + 6 = 22, les maths et moi, on n’a jamais fait un ). Pour les responsables de l’Iric dirigé par Emmanuel Tabi, tout est bien qui finit bien.  Sauf que ce n’est pas le cas. Ce n’est pas le premier scandale qui ternit l’image d’une grande école. En 2010, le président de l’assemblée nationale camerounaise, était accusé de caser ses enfants, ses brus et ses gendres à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam). Les médias avaient publié une liste de noms. Ce côté « Shameless » de certains de « nos papas » aux pouvoirs est tout simplement déséquilibrant.

Un équilibre déséquilibrant

 En ce qui concerne l’équilibre régional, ne faut-il revoir l’arrêté qui date du 4 octobre 1982?  Avec équilibre régional, un nombre de places est  attribué à chacune des 10 régions lors des examens nationaux ceci en fonction du poids démographique, du niveau d’instruction. A l’origine, l’équilibre régional devait reparer une injustice en donnant les mêmes chances aux jeunes issus des zones dites d’éducation prioritaire comme l’Est, le Nord. Mais ces dernières années, ce principe cause plus de tort qu’il n’en répare. Car pour réussir un concours national, il ne faut pas seulement être le meilleur mais le meilleur de sa région pour être retenu. Des brillants étudiants voient ainsi leur rêve voler à l’éclat alors même que leur réussite professionnelle aurait profité au Cameroun tout entier.  En ce temps de mondialisation, où les États doivent être compétitifs pour briller sur la scène internationale et où l’Afrique ne bénéficie plus de la même indulgence comme il y a 50 ans, il est suicidaire de sacrifier ainsi une jeunesse brillante et patriotique désireuse de travailler pour la mère patrie. La plupart des jeunes qui frappent à la porte des grandes écoles peuvent avoir leur chance si les capacités d’accueil sont revues à la hausse. Cette solution à mon humble  est envisageable si on tient compte du fait que la population a augmenté entrainant ainsi d’autres besoins.

Halte-là aux jeteurs de pierres

Des femmes manifestent pour leur droits. Photo : Figaro.fr

Des femmes manifestent pour le respect de leur droit. Crédit photo : Figaro.fr

 40 ans après la première conférence mondiale sur les femmes organisée à Mexico par l’Onu, on peut dire sans se tromper que des efforts considérables ont été réalisés pour faire avancer les droits et faciliter l’émancipation et l’autonomisation de la femme à travers le monde. Nous pouvons être graisseuses, maîtres-chiens, chauffeurs de taxi, chercheuses, mathématiciennes, astronautes. Mais malgré ces avancées notables, de lourdes chaines enfermement encore les femmes dans en prison. En Afrique, en Asie, aux Amériques et même en Europe, il existe toujours des coins, où objets sexuels, elles n’ont droit absolument à rien. Pour ces jeteurs de pierres, le viol est une des armes les plus utilisées.

Because I am a girl
« Lorsqu’elle se faisait violer, elle n’aurait pas dû se débattre. Elle aurait dû simplement rester silencieuse et permettre son viol.». Les mots résonnent dans ma tête comme la réplique horrible d’un film d’horreur. J’ai beau secouer ma tête des dizaines de fois, ils ont là accrochés à mon cerveau et me ramènent brutalement à une réalité que je croyais « naïvement » révolue. Ces propos choquant, extrêmement misogynes et d’une rare violence sont d’un indien appelé Mukesh Singh condamné à mort pour le viol en réunion d’une jeune étudiante de 23 ans dans un bus à Delhi parce qu’elle était restée dehors jusqu’à 21h avec son petit ami.
Par sa barbarie, cette affaire avait suscité l’indignation du monde entier et un soulèvement populaire sans précédent en ce qui concerne l’histoire sur les droits de la femme en Inde. C’était en décembre 2012. Deux ans se sont écoulés depuis sans pour autant que Mukesh Singh ne repente de son crime. Selon la réalisatrice anglaise Leslee Udwin, auteur d’un documentaire sur cette affaire « Les filles de l’inde » qui l’a rencontré dans le cadre de ce travail, l’homme n’éprouve aucun remords. « Une fille est davantage responsable d’un viol qu’un garçon », accuse-t-il dans un entretien rapporté par la BBC.
A aucun moment, il n’a interpréter son geste comme un crime, une atteinte à l’intégrité physique d’un être humain. Non ! L’homme a plutôt fait appel à sa condamnation. Dans sa logique, violer une femme, un être humain au point de la laisser pour morte tout simplement parce qu’elle n’avait pas le droit de trainer dehors jusqu’à 21h est tout à fait normal. Il n’a rien à se reprocher. Ce n’était qu’une femme après tout!

Les racines du mal
Souvent pour explique l’ampleur de la corruption au Cameroun, les spécialistes utilise le mot « racine ». Ce mot est très révélateur et d’une puissance évocatrice. De même que les racines de la corruption sont solidement implantées dans la société camerounaise, certaines sociétés à travers le monde restent matriarcales. Le temps qui passe, la mondialisation, les révolutions qui éclatent ici et là ne semble n’avoir rien changé. Dans ces sociétés, la femme vaut moins qu’un chien à qui de temps en temps on offre des caresses en demandant « alors comment tu vas aujourd’hui mon bon boby ? ».

Mukesh Singh n’est pourtant pas un criminel, ni un psychopathe. Le jeune indien est un « normal » mais parce que depuis toujours dans son entourage, dans l’Inde d’hier et d’aujourd’hui, dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie, la femme n’a jamais pesé plus que trois kilos de café, il croit avoir le droit de décider de la vie te de la mort d’une femme. Cette vision est culturel, profondément enracinée pas seulement dans le tiers monde mais également en Europe où les femmes font face au machisme.
40 ans après la conférence de Mexico et 20 après celle de Beijing, le combat est donc loin d’être terminé. Il s’avère âpre et long, très long. C’est pourquoi le travail des Ong et de toutes les institutions travaillant en faveur du bien-être de la femme doivent continuer. Nous devons aussi continuer à nous indigner pour ne pas tomber dans un piège dangereux : la banalisation de ces faits.

Quand j’avais 5 ans , je m’ai tué

Credit photo : stop-aux-injustices.

Crédit photo : stop-aux-injustices.

Il paraît que c’est aujourd’hui la fête de la jeunesse camerounaise. Moi quand j’étais jeune, je m’ai tué. J’avais peut-être 5, 10, 15 ou 16 ans, je ne sais plus mais j’étais jeune et j’avais des rêves plein la tête. J’étais vaillant, travailleur, fort avec des muscles plus gros que ceux de Popeye. Je m’ai tué parce que Pa’a Paul, ses amis et tout ne voulaient pas de moi. J’étais jeune et j’étais désespéré.

J’étais agriculteur, tu sais. Piochez, creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse.Je cultivais du manioc sur un sol plus capricieux qu’une femme avec des outils de l’âge de la pierre taillée. Puis j’ai eu un fils. Il n’a pas vu deux saisons de pluies. A force de bouffer du manioc du 1er au 31, il a fini par mourir. Papa à 18 ans orphelin de lui à 20 ans.

Quand j’étais jeune, j’étais belle. Ce n’est pas moi qui le disais, mais les hommes, les femmes et les autres jeunes du quartier. J’étais jeune et j’étais intelligente. Belle tête dans un corps bien fait qu’ils disaient. Moi je voulais juste faire des études aussi longues que le Nil pour que ma maman arrête de griller ses doigts chaque soir au bord de la route. Ceux qui devaient m’aider ne m’ont pas tenu la main. Ils m’ont dit : « T’es d’où, de quelle région, quelle tribu, ta mère c’est qui ? Ton père c’est qui ? » Alors je m’ai assise par terre et je m’ai tuée de désespoir.

 

Quand J’étais jeune, j’étais enfant soldat. Un jour des hommes sont arrivés dans mon village, ma ville. Ils avaient un Coran dans la main, un fusil dans la poche. Ils m’ont dit : « Tu seras des nôtres parce que « Allah n’est pas obligé d’être juste avec tout ce qu’il a créé ici-bas ». Le temps est passé et j’ai bien vu que ces gens qui criaient « Allah ! » matin, midi et soir ne le connaissaient pas, ne l’aimaient pas. La haine, le sang des innocents étaient devenus leur business. Ils rêvaient que de posséder le monde entier, ils rêvaient que de pouvoir. Alors je m’ai assis par terre et je m’ai tué.

Quand j’étais jeune, j’ai pris le bateau pour l’Eldorado. J’ai échoué quelque part. En Libye, en Tunisie, en Algérie, au Maroc, chez nos cousins qui nous aiment un peu, beaucoup, à la folie. J’ai erré des jours entiers dans le désert. J’étais comme Caïn, comme Robinson Crusoé, une ombre qui avait peur de son ombre. J’ai erré comme une âme en peine sur le sable fin. Le paysage de carte postale était devenu mon enfer. Toute une vie à recommencer avant même d’avoir commencé. J’ai erré, maudissant ce jour où j’avais cru ma vie ailleurs que sur ma terre. J’ai erré, rejeté par toutes ces Blanches qui en avaient assez de mon sexe ramolli par une vie de divagation. Mes rêves se sont noyés dans la mer et Lampedusa est mon cimetière.

Le 11 février est le jour de la fête de la jeunesse au Cameroun.

Le 12 février la journée internationale des enfants soldats.

Quand j’avais 5 ans, je m’ai tué est le titre du roman de Howard Buten qui m’a inspiré ce texte.

 Allah n’est pas obligé  est le titre d’un roman d’Ahmadou Kourama

Je refuse de te perdre

Kolofata est un petit village dans la région de l'Etrême-Nord dans le Mayo-Sava. C'est le village du vice-premier ministre Amadou Ali. La localité a été attaquée à plusieurs reprises par  Boko Haram. Crédit Photo :Camer.Be

Je refuse de te perdre
Je refuse de perdre le Nord
Mon bout de pays à l’histoire millénaire
Bec de canard
Morceaux choisis de mon Afrique en miniature
Terre aux mille merveilles, longtemps tu fus vénérée pour ton charme ensorcelant
Ton paysage de carte postale est fait d’immenses savanes herbeuses et boisées
Véritables galeries forestières à ciel ouvert !
Tes montagnes et crottes renferment tant de secrets seulement connus du sorcier aux crabes, l’habile chasseur de crabes.
Et ces cases intemporelles aux toits de chaume
Et tous ces Mayos, mon château d’eau
Et ces innombrables parcs, de la Bénoué, du Faro de Bouba ndjidda, de Waza où vivent protégées une multitude d’espèces animales
Elles courent les gazelles, les girafes,
Ils font trembler la terre les éléphants !
Je refuse de te perdre
Toi qu’on nomma
Nord, Extrême-Nord, Adamwa tu es un indivisible
Terre de religion et de tradition
Terre de tolérance
Depuis des siècles islam et christianisme cohabitent dans la paix des cœurs
Je refuse de te perdre
Je refuse de te perdre
Mon bec de canard que deviendrons-nous sans toi ?
Tu as connu tant de souffrances
Famine, maladies, inondations, mais toujours tu t’es relevée
Ça prendra le temps qu’il faudra, mais ensemble nous allons lutter, vaincre
Parce que sans toi, il n’y a plus d’Afrique en miniature !

 

Kolofata est un petit village camerounais de la région de l’Extrême-Nord  dans le Mayo-Sava. C’est aussi le village du vice-premier ministre Amadou Ali. La localité a été attaquée à plusieurs reprises par Boko Haram. Crédit photo :Camer.Be

Le bonheur n’ est pas dans la bière

Jeune homme "terrassé" par la bière. Crédit photo : Investir au Cameroun

Jeune homme « terrassé » par la bière. Crédit photo : Investir au Cameroun

Le Cameroun est l’un des pays africains où le taux de consommation de la bière est le plus élevé. En 2012 ce taux était de 4, 9 %. Tout le monde aime la bière. Au point où, les disciples de Bacchus ne se recrutent plus seulement auprès d’adultes hommes. Boire de l’alcool jusqu’à l’ivresse est devenu malheureusement, un art de vivre.

En décembre 2014, le gouvernement a décidé d’augmenter le prix des boissons alcoolisées particulièrement celui de la bière. La loi des finances 2015 a en effet modifié le mode de calcul des impôts sur les boissons fortes. Conséquence de cette nouvelle mesure, le prix de la bière passera de 500 F Cfa à 700 F Cfa


« Même si c’est 1000 F Cfa on va toujours boire »

En dehors des sociétés brassicoles qui s’inquiètent de l’accroissement des dépenses liées à cette mesure ou des ménagères qui y voient un moyen pour réduire la consommation de leur époux; la nouvelle n’a pas suscité le tsunami auquel on se serait attendu dans un contexte de vie chère. Dans les quartiers, les consommateurs semblent pour la plupart résignés.

En réalité la relation qui unit un grand nombre de Camerounais à la bière est si forte que rien ne semble pouvoir les séparer. Et dans ce mariage chaotique, on préfère supporter jusqu’à l’insupportable au lieu d’affronter la réalité. Des quartiers de Yaoundé sont devenus célébres pour le nombre de bars et snacks qui s’y trouvent. Les médias parlent de 6 000 bars dans la ville de Yaoundé ! Un business qui rapporte gros.

Les femmes aussi lèvent le coude

Au pays, tout le monde (ou presque boit). Même les femmes n’échappent plus à cet appel du vin. Elles sont de plus en plus nombreuses parmi les disciples de Bacchus. Souvent les samedis et dimanches après les tontines, Il n’est pas rare de les voir attablées dans les bars pour prendre « une séparante ». Celles qui ne supportent pas l’alcool fort se contentent généralement de bière dite « light », une seule règle prévaut « ne surtout pas prendre des jus, mais boire jusqu’à l’ivresse. Comme on le dit trivialement dans les quartiers : « Les femmes ne blaguent plus avec la bière ici ! ».

Effet de mode

Pour expliquer cette addiction aux conséquences dramatiques, certains chercheurs parlent de contexte social. Le coût de la vie est de plus en plus élevé. Les populations tirent le diable par la queue parce que les salaires n’ont pas changé depuis des lustres. Les jeunes sont confrontés au chômage. Pour oublier ces conditions de vie misérables, ils sont nombreux à noyer leurs soucis dans la bouteille. L’alcool tout comme le football est devenu un moyen dont ce sert les politiciens pour endormir le peuple.

A côté de ces arguments irréfutables, je constate que boire est devenu au fil du temps, une attitude, une habitude, un mode de vie tout simplement. Aucun événement ne se déroule plus sans le précieux liquide. Que de fois, j’ai entendu des réflexions du genre : « Un homme doit boire. Pas un peu, mais beaucoup » ou encore « Aka ! Quitte là avec tes biberons. Nous ne sommes pas des enfants pour prendre des jus ! ». Les week-ends, il est courant que des sportifs organisent des activités : footing, partie de foot pour garder la forme ou perdre du poids. Celles-ci s’achèvent souvent par la dégustation d’un bon bouillon de viande ou de poisson, le tout arrosé de bière.

La tragédie du verre

Un matin de 2014, devant la boutique de mon quartier, j’ai vu des adolescents en train de boire du Whisky. Il était 7 heures du matin. Etonnée, je n’ai pu m’empêcher de leur dire :  « Les amis, il est 7 heures du matin et vous êtes déjà là à avaler des sachets de kitokos ! ». Loin de les ébranler, ma remarque a eu le don de les amuser. Le trio a éclaté d’un rire sonore qui m’a fait croire un instant que je venais de sortir la blague la plus drôle de cette année, puis l’un d’eux m’a lancé : « Ma sœur est-ce que l’alcool c’est le café ou le thé ? Dès que tu as soif, tu bois, tout simplement »

Le geste qui sauve

Quelles que soient les raisons qui poussent certains d’entre nous à boire plus que de raison. Je reste convaincue que le bonheur ne se trouve pas sous une capsule. L’alcool cause plus de dommages qu’il n’en résout. Il est à l’origine de bien de drames familiaux et professionnels. Je me souviens d’un oncle que mes sœurs et moi redoutions lorsque nous étions enfants. Une fois qu’il avait bu, ce personnage sévère devenait d’une docilité extraordinaire. On profitait de ces moments pour nous venger de sa sévérité. J’ai su plus tard que l’alcool n’a pas les mêmes effets sur tout le monde. L’alcool peut transformer l’être le plus adorable en monstre suprême.