Halte-là aux jeteurs de pierres

Des femmes manifestent pour leur droits. Photo : Figaro.fr

Des femmes manifestent pour le respect de leur droit. Crédit photo : Figaro.fr

 40 ans après la première conférence mondiale sur les femmes organisée à Mexico par l’Onu, on peut dire sans se tromper que des efforts considérables ont été réalisés pour faire avancer les droits et faciliter l’émancipation et l’autonomisation de la femme à travers le monde. Nous pouvons être graisseuses, maîtres-chiens, chauffeurs de taxi, chercheuses, mathématiciennes, astronautes. Mais malgré ces avancées notables, de lourdes chaines enfermement encore les femmes dans en prison. En Afrique, en Asie, aux Amériques et même en Europe, il existe toujours des coins, où objets sexuels, elles n’ont droit absolument à rien. Pour ces jeteurs de pierres, le viol est une des armes les plus utilisées.

Because I am a girl
« Lorsqu’elle se faisait violer, elle n’aurait pas dû se débattre. Elle aurait dû simplement rester silencieuse et permettre son viol.». Les mots résonnent dans ma tête comme la réplique horrible d’un film d’horreur. J’ai beau secouer ma tête des dizaines de fois, ils ont là accrochés à mon cerveau et me ramènent brutalement à une réalité que je croyais « naïvement » révolue. Ces propos choquant, extrêmement misogynes et d’une rare violence sont d’un indien appelé Mukesh Singh condamné à mort pour le viol en réunion d’une jeune étudiante de 23 ans dans un bus à Delhi parce qu’elle était restée dehors jusqu’à 21h avec son petit ami.
Par sa barbarie, cette affaire avait suscité l’indignation du monde entier et un soulèvement populaire sans précédent en ce qui concerne l’histoire sur les droits de la femme en Inde. C’était en décembre 2012. Deux ans se sont écoulés depuis sans pour autant que Mukesh Singh ne repente de son crime. Selon la réalisatrice anglaise Leslee Udwin, auteur d’un documentaire sur cette affaire « Les filles de l’inde » qui l’a rencontré dans le cadre de ce travail, l’homme n’éprouve aucun remords. « Une fille est davantage responsable d’un viol qu’un garçon », accuse-t-il dans un entretien rapporté par la BBC.
A aucun moment, il n’a interpréter son geste comme un crime, une atteinte à l’intégrité physique d’un être humain. Non ! L’homme a plutôt fait appel à sa condamnation. Dans sa logique, violer une femme, un être humain au point de la laisser pour morte tout simplement parce qu’elle n’avait pas le droit de trainer dehors jusqu’à 21h est tout à fait normal. Il n’a rien à se reprocher. Ce n’était qu’une femme après tout!

Les racines du mal
Souvent pour explique l’ampleur de la corruption au Cameroun, les spécialistes utilise le mot « racine ». Ce mot est très révélateur et d’une puissance évocatrice. De même que les racines de la corruption sont solidement implantées dans la société camerounaise, certaines sociétés à travers le monde restent matriarcales. Le temps qui passe, la mondialisation, les révolutions qui éclatent ici et là ne semble n’avoir rien changé. Dans ces sociétés, la femme vaut moins qu’un chien à qui de temps en temps on offre des caresses en demandant « alors comment tu vas aujourd’hui mon bon boby ? ».

Mukesh Singh n’est pourtant pas un criminel, ni un psychopathe. Le jeune indien est un « normal » mais parce que depuis toujours dans son entourage, dans l’Inde d’hier et d’aujourd’hui, dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie, la femme n’a jamais pesé plus que trois kilos de café, il croit avoir le droit de décider de la vie te de la mort d’une femme. Cette vision est culturel, profondément enracinée pas seulement dans le tiers monde mais également en Europe où les femmes font face au machisme.
40 ans après la conférence de Mexico et 20 après celle de Beijing, le combat est donc loin d’être terminé. Il s’avère âpre et long, très long. C’est pourquoi le travail des Ong et de toutes les institutions travaillant en faveur du bien-être de la femme doivent continuer. Nous devons aussi continuer à nous indigner pour ne pas tomber dans un piège dangereux : la banalisation de ces faits.

Quand j’avais 5 ans , je m’ai tué

Credit photo : stop-aux-injustices.

Crédit photo : stop-aux-injustices.

Il paraît que c’est aujourd’hui la fête de la jeunesse camerounaise. Moi quand j’étais jeune, je m’ai tué. J’avais peut-être 5, 10, 15 ou 16 ans, je ne sais plus mais j’étais jeune et j’avais des rêves plein la tête. J’étais vaillant, travailleur, fort avec des muscles plus gros que ceux de Popeye. Je m’ai tué parce que Pa’a Paul, ses amis et tout ne voulaient pas de moi. J’étais jeune et j’étais désespéré.

J’étais agriculteur, tu sais. Piochez, creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse.Je cultivais du manioc sur un sol plus capricieux qu’une femme avec des outils de l’âge de la pierre taillée. Puis j’ai eu un fils. Il n’a pas vu deux saisons de pluies. A force de bouffer du manioc du 1er au 31, il a fini par mourir. Papa à 18 ans orphelin de lui à 20 ans.

Quand j’étais jeune, j’étais belle. Ce n’est pas moi qui le disais, mais les hommes, les femmes et les autres jeunes du quartier. J’étais jeune et j’étais intelligente. Belle tête dans un corps bien fait qu’ils disaient. Moi je voulais juste faire des études aussi longues que le Nil pour que ma maman arrête de griller ses doigts chaque soir au bord de la route. Ceux qui devaient m’aider ne m’ont pas tenu la main. Ils m’ont dit : « T’es d’où, de quelle région, quelle tribu, ta mère c’est qui ? Ton père c’est qui ? » Alors je m’ai assise par terre et je m’ai tuée de désespoir.

 

Quand J’étais jeune, j’étais enfant soldat. Un jour des hommes sont arrivés dans mon village, ma ville. Ils avaient un Coran dans la main, un fusil dans la poche. Ils m’ont dit : « Tu seras des nôtres parce que « Allah n’est pas obligé d’être juste avec tout ce qu’il a créé ici-bas ». Le temps est passé et j’ai bien vu que ces gens qui criaient « Allah ! » matin, midi et soir ne le connaissaient pas, ne l’aimaient pas. La haine, le sang des innocents étaient devenus leur business. Ils rêvaient que de posséder le monde entier, ils rêvaient que de pouvoir. Alors je m’ai assis par terre et je m’ai tué.

Quand j’étais jeune, j’ai pris le bateau pour l’Eldorado. J’ai échoué quelque part. En Libye, en Tunisie, en Algérie, au Maroc, chez nos cousins qui nous aiment un peu, beaucoup, à la folie. J’ai erré des jours entiers dans le désert. J’étais comme Caïn, comme Robinson Crusoé, une ombre qui avait peur de son ombre. J’ai erré comme une âme en peine sur le sable fin. Le paysage de carte postale était devenu mon enfer. Toute une vie à recommencer avant même d’avoir commencé. J’ai erré, maudissant ce jour où j’avais cru ma vie ailleurs que sur ma terre. J’ai erré, rejeté par toutes ces Blanches qui en avaient assez de mon sexe ramolli par une vie de divagation. Mes rêves se sont noyés dans la mer et Lampedusa est mon cimetière.

Le 11 février est le jour de la fête de la jeunesse au Cameroun.

Le 12 février la journée internationale des enfants soldats.

Quand j’avais 5 ans, je m’ai tué est le titre du roman de Howard Buten qui m’a inspiré ce texte.

 Allah n’est pas obligé  est le titre d’un roman d’Ahmadou Kourama

Je refuse de te perdre

Kolofata est un petit village dans la région de l'Etrême-Nord dans le Mayo-Sava. C'est le village du vice-premier ministre Amadou Ali. La localité a été attaquée à plusieurs reprises par  Boko Haram. Crédit Photo :Camer.Be

Je refuse de te perdre
Je refuse de perdre le Nord
Mon bout de pays à l’histoire millénaire
Bec de canard
Morceaux choisis de mon Afrique en miniature
Terre aux mille merveilles, longtemps tu fus vénérée pour ton charme ensorcelant
Ton paysage de carte postale est fait d’immenses savanes herbeuses et boisées
Véritables galeries forestières à ciel ouvert !
Tes montagnes et crottes renferment tant de secrets seulement connus du sorcier aux crabes, l’habile chasseur de crabes.
Et ces cases intemporelles aux toits de chaume
Et tous ces Mayos, mon château d’eau
Et ces innombrables parcs, de la Bénoué, du Faro de Bouba ndjidda, de Waza où vivent protégées une multitude d’espèces animales
Elles courent les gazelles, les girafes,
Ils font trembler la terre les éléphants !
Je refuse de te perdre
Toi qu’on nomma
Nord, Extrême-Nord, Adamwa tu es un indivisible
Terre de religion et de tradition
Terre de tolérance
Depuis des siècles islam et christianisme cohabitent dans la paix des cœurs
Je refuse de te perdre
Je refuse de te perdre
Mon bec de canard que deviendrons-nous sans toi ?
Tu as connu tant de souffrances
Famine, maladies, inondations, mais toujours tu t’es relevée
Ça prendra le temps qu’il faudra, mais ensemble nous allons lutter, vaincre
Parce que sans toi, il n’y a plus d’Afrique en miniature !

 

Kolofata est un petit village camerounais de la région de l’Extrême-Nord  dans le Mayo-Sava. C’est aussi le village du vice-premier ministre Amadou Ali. La localité a été attaquée à plusieurs reprises par Boko Haram. Crédit photo :Camer.Be

Le bonheur n’ est pas dans la bière

Jeune homme "terrassé" par la bière. Crédit photo : Investir au Cameroun

Jeune homme « terrassé » par la bière. Crédit photo : Investir au Cameroun

Le Cameroun est l’un des pays africains où le taux de consommation de la bière est le plus élevé. En 2012 ce taux était de 4, 9 %. Tout le monde aime la bière. Au point où, les disciples de Bacchus ne se recrutent plus seulement auprès d’adultes hommes. Boire de l’alcool jusqu’à l’ivresse est devenu malheureusement, un art de vivre.

En décembre 2014, le gouvernement a décidé d’augmenter le prix des boissons alcoolisées particulièrement celui de la bière. La loi des finances 2015 a en effet modifié le mode de calcul des impôts sur les boissons fortes. Conséquence de cette nouvelle mesure, le prix de la bière passera de 500 F Cfa à 700 F Cfa


« Même si c’est 1000 F Cfa on va toujours boire »

En dehors des sociétés brassicoles qui s’inquiètent de l’accroissement des dépenses liées à cette mesure ou des ménagères qui y voient un moyen pour réduire la consommation de leur époux; la nouvelle n’a pas suscité le tsunami auquel on se serait attendu dans un contexte de vie chère. Dans les quartiers, les consommateurs semblent pour la plupart résignés.

En réalité la relation qui unit un grand nombre de Camerounais à la bière est si forte que rien ne semble pouvoir les séparer. Et dans ce mariage chaotique, on préfère supporter jusqu’à l’insupportable au lieu d’affronter la réalité. Des quartiers de Yaoundé sont devenus célébres pour le nombre de bars et snacks qui s’y trouvent. Les médias parlent de 6 000 bars dans la ville de Yaoundé ! Un business qui rapporte gros.

Les femmes aussi lèvent le coude

Au pays, tout le monde (ou presque boit). Même les femmes n’échappent plus à cet appel du vin. Elles sont de plus en plus nombreuses parmi les disciples de Bacchus. Souvent les samedis et dimanches après les tontines, Il n’est pas rare de les voir attablées dans les bars pour prendre « une séparante ». Celles qui ne supportent pas l’alcool fort se contentent généralement de bière dite « light », une seule règle prévaut « ne surtout pas prendre des jus, mais boire jusqu’à l’ivresse. Comme on le dit trivialement dans les quartiers : « Les femmes ne blaguent plus avec la bière ici ! ».

Effet de mode

Pour expliquer cette addiction aux conséquences dramatiques, certains chercheurs parlent de contexte social. Le coût de la vie est de plus en plus élevé. Les populations tirent le diable par la queue parce que les salaires n’ont pas changé depuis des lustres. Les jeunes sont confrontés au chômage. Pour oublier ces conditions de vie misérables, ils sont nombreux à noyer leurs soucis dans la bouteille. L’alcool tout comme le football est devenu un moyen dont ce sert les politiciens pour endormir le peuple.

A côté de ces arguments irréfutables, je constate que boire est devenu au fil du temps, une attitude, une habitude, un mode de vie tout simplement. Aucun événement ne se déroule plus sans le précieux liquide. Que de fois, j’ai entendu des réflexions du genre : « Un homme doit boire. Pas un peu, mais beaucoup » ou encore « Aka ! Quitte là avec tes biberons. Nous ne sommes pas des enfants pour prendre des jus ! ». Les week-ends, il est courant que des sportifs organisent des activités : footing, partie de foot pour garder la forme ou perdre du poids. Celles-ci s’achèvent souvent par la dégustation d’un bon bouillon de viande ou de poisson, le tout arrosé de bière.

La tragédie du verre

Un matin de 2014, devant la boutique de mon quartier, j’ai vu des adolescents en train de boire du Whisky. Il était 7 heures du matin. Etonnée, je n’ai pu m’empêcher de leur dire :  « Les amis, il est 7 heures du matin et vous êtes déjà là à avaler des sachets de kitokos ! ». Loin de les ébranler, ma remarque a eu le don de les amuser. Le trio a éclaté d’un rire sonore qui m’a fait croire un instant que je venais de sortir la blague la plus drôle de cette année, puis l’un d’eux m’a lancé : « Ma sœur est-ce que l’alcool c’est le café ou le thé ? Dès que tu as soif, tu bois, tout simplement »

Le geste qui sauve

Quelles que soient les raisons qui poussent certains d’entre nous à boire plus que de raison. Je reste convaincue que le bonheur ne se trouve pas sous une capsule. L’alcool cause plus de dommages qu’il n’en résout. Il est à l’origine de bien de drames familiaux et professionnels. Je me souviens d’un oncle que mes sœurs et moi redoutions lorsque nous étions enfants. Une fois qu’il avait bu, ce personnage sévère devenait d’une docilité extraordinaire. On profitait de ces moments pour nous venger de sa sévérité. J’ai su plus tard que l’alcool n’a pas les mêmes effets sur tout le monde. L’alcool peut transformer l’être le plus adorable en monstre suprême.

 

Quelle est cette tache de sang sur ce ballon de foot ?

Depuis plusieurs années, la violence connaît une escalade vertigineuse dans le monde du football tant professionnel qu’amateur. Chaque jour au Brésil, en Italie, en Algérie, en France, des joueurs comme Albert Ebossé sont assassinés, des arbitres battus, des projectiles lancés, des stades envahis par des illuminés qui ont oublié que le football n’est en fin de compte qu’un jeu.

Albert Ebossé, un élan brisé sur un terrain de jeu. Credit photo, Atlasinfo.fr

Albert Ebossé, un élan brisé sur un terrain de jeu. Crédit photo, Atlasinfo.fr

Ainsi donc Albert Dominique Ebossé Bondjongo Dika valeureux attaquant de la JSK en Algérie a été assassiné ? Victime « d’un meurtre avec préméditation d’une violence bestiale commise pas par une seule personne, certainement par un groupe ». La conclusion d’un rapport d’autopsie réalisé par des experts camerounais et demandé par la famille du défunt footballeur vient ainsi de faire éclater la vérité au grand jour. Et pourtant, les responsables de cette équipe avaient indiqué que le footballeur avait été atteint pas le jey=t d’un projectile. Plus tard, les médecins algériens commis pour réaliser l’autopsie du footballeur ont conclu à une mort provoquée par « un objet contondant » sans plus de détails.
Mais tout cela, si on s’en tient à la contre-autopsie réalisée au Cameroun, n’était qu’une tentative de camoufler une vérité implacable. Albert Ebossé est mort, froidement assassiné par des personnages sordides alors qu’il venait de marquer l’unique but de son équipe.

Pablo Escobar

Qui sont ces assassins ? Pourquoi les responsables de la JSK au lieu de chercher à faire toute la lumière sur cette affaire ont plutôt laissé la famille du défunt seule avec son chagrin et ses mille questions sans réponses ? Qui était Ebossé pour mériter un sort pareil ?
Ebossé, c’était le fils, le pilier, le rempart d’une famille, le fiancé d’une belle demoiselle devenue veuve avant l’heure. C’était surtout un gars sans histoire de l’avis même des dirigeants de la JSK C’était surtout un sportif viscéralement attaché au sport roi parti de son Douala natal pour conquérir les cimes de la jeunesse Kabylie avec un seul objectif en tête : montrer toute l’étendue de son savoir et taper dans l’œil des responsables de l’équipe nationale. Une ascension brisée nette sur un terrain de .. .jeu.

Eh oui ! Le foot était un jeu collectif régit par des règles bien définies. Un jeu, une école de la non-violence où les valeurs de partage, d’amitié, de fairplays étaient auparavant les mieux appréciées. Je me souviens, il y pas si longtemps de cela, chaque échéance de foot, Coupe d’Afrique des Nations, Coupe du monde, Jeux olympiques étaient l’occasion de retrouvailles entre voisins. Il y avait toujours quelqu’un pour offrir à boire et nous les enfants en profitions pour nous gaver de ces sucreries habituellement rares sur nos tables.

Tout le monde est concerné

Aujourd’hui la violence est si ordinaire qu’elle semble être la règle du jeu. Cette violence est d’abord verbale. De quels noms d’oiseaux n’a-t-on pas traité Webo à cause d’un but raté ? Dans certains coins du monde, malheurs à l’arbitre, au joueur coupable d’une faute quelconque ! A croire que le foot rend intolérant et surtout cinglé !
J’entends déjà certains évoquer l’argent perdu par les clubs et autres personnes à cause d’un joueur maladroit. Mais pour moi, ces arguments n’ont pas de poids. L’argent ne doit nullement régenter le foot au point de nous pousser à ôter la vie à notre semblable.

Il est urgent que des actes soient posés pour arrêter ce flot de sang. Dans les zones à risque, les ministres de l’Intérieur doivent renforcer les mesures sécuritaires en qualité et en nombre, les clubs doivent aussi filtrer leurs supporters de façon à éloigner tous les hooligans, et autres éléments perturbateurs. Mais la meilleure façon d’y remédier reste une prise de conscience commune. La violence quel que soit le lieu où elle se manifeste doit être impérativement stoppée. Tout le monde est concerné, la Fifa, les clubs, la justice, les supporters. Chacun doit prendre ses responsabilités et se remettre en cause. Sinon Albert Ebossé, Pablo Escobar et tous les autres seraient morts pour rien.

 

Cachez-moi tous ces journalistes !

Depuis que trois journalistes chevronnés ont été convoqués et mis sous contrôle judiciaire pour « non-dénonciation » par le tribunal militaire, les professionnels des médias camerounais s’interrogent sur leur avenir. L’inculpation de Félix Cyriaque Ebolé Bola, Baba Wame et Rodrigue Tongue annonce le début d’une ère sombre et difficile.

Les trois journalistes Camerounais interdits de quitter le Cameroun. Crédit photos: 237online.com.

Les trois journalistes Camerounais interdits de quitter le Cameroun. Crédit photos: 237online.com.

C’est une affaire sensible, très sensible même. J’ai beaucoup hésité avant d’écrire sur ce sujet relégué au second plan par la crise qui a secoué le Burkina Faso le 31 octobre dernier. Mais finalement, l’envie d’écrire à été plus forte que ma peur de me retrouver, moi «  »petit poucet  » de la plume, au cœur d’un feuilleton médiaticojudiciaire dont personne ne maitrise encore les contours. Je m’interroge sur les conséquences directes ou indirectes qu’aura cette affaire de « non-dénonciation » sur l’exercice du journalisme au Cameroun.

Une première sous le Renouveau

De quoi s’agit-il ? Le 28 octobre 2014 Félix Cyriaque Ebolé Bola, secrétaire de rédaction au quotidien Mutation, Baba Wamé enseignant en web-journalisme à l’Ecole des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic) de Yaoundé et Rodrigue Tongue, journaliste au journal Le Messager sont inculpés et convoqués au tribunal militaire dans le cadre de «l’affaire Me Harrissou ». Il est leur réprimandé : « Courant juillet-août 2014, en temps de paix, n’avoir pas averti les autorités militaires, administratives ou judiciaires de toute activité de nature à nuire à la défense nationale ». D’après plusieurs médias relatant l’affaire, Félix Cyriaque Ebolé Bola et Rodrigue Tongue auraient reçu entre le 23 et le 25 juillet dernier un document « litigieux » par l’entremise de Baba Wame. Le document serait venu de Me Harissou notaire, dit-on de grande réputation à Garoua (région du Nord) aujourd’hui en prison pour « outrage au président », « révolution contre la patrie et hostilité ». Le document devait être exploité dans leurs journaux respectifs. Aux médias qui ont relayé l’info, Félix Cyriaque Ebolé Bola affirme ne pas connaître Me Harrissou et l’avoir rencontré une seule fois lors de la couverture d’une assemblée des notaires en 2004.
Je sais que partout dans le monde, les journalistes reçoivent chaque jour dans leurs boites aux lettres, leurs emails, leurs téléphones des centaines de messages venant de partout. GIC, ONG hommes politiques, associations, comités, entreprises, et simples citoyens, sollicitent les médias pour toutes sortes d’événements. En fonction de sa ligne éditoriale, chaque entreprise de presse est libre d’exploiter ou non ces informations.
Je sais aussi que la protection des sources est un privilège sans lequel les médias auront un grand mal à fonctionner. Dans un contexte où les réseaux sociaux ont tué le scoop, c’est souvent sur des infos rares que les médias, surtout de la presse écrite, comptent pour attirer les lecteurs dans les kiosques.
Au Cameroun plus qu’ailleurs, la rétention de l’information n’épargne aucune publication. Même pas les médias d’Etat. Il y a un au deux ans, le quotidien Cameroun-Tribune avait réalisé tout un dossier sur la rétention de l’information. Maintenant c’est tout le monde qui aura peur de parler même pour donner la date d’un point de presse parce que « ces questions-là peuvent m’envoyer à Kondengui ». Par peur de cette épée de Damoclès qui pèse désormais sur sa tête,  il n’est pas exclu que le journaliste s’autocensure au risque de priver les lecteurs de ce qu’ils ont le droit de savoir.

Moussa Kaka

Selon diverses personnes que j’ai interrogées, c’est la première fois que des hommes des médias sont convoqués et inculpés devant un tribunal militaire depuis l’ascension de Paul Biya à la magistrature suprême il y a 32 ans. Mais l’histoire des médias en Afrique et dans le monde est jalonnée de faits comparables.
Il y a par exemple l’affaire Moussa Kaka  journaliste et correspondant de Rfi au Niger qui fit grand bruit en 2007-2008. A l’époque, il avait été inculpé et emprisonné pendant un an à cause de ses contacts professionnels avec les rebelles touaregs. Par un heureux hasard, je me trouvais devant le poste télé familial lors de la retransmission de sa libération. Je me rappelle, les cris de joie des femmes, la joie dans les médias. Félix Cyriaque Ebolé Bola, Baba Wame et Rodrigue Tongue n’ont pas (pour l’instant) été emprisonnés, mais mis sous contrôle judiciaire avec interdiction de sortir du Cameroun ou encore de faire des déclarations publiques. En gros, soyez journalistes, mais taisez-vous ou alors coopérez.

Cameroun : silence on meurt

Face aux drames, aux catastrophes qui touchent le petit peuple, certains de nos dirigeants ont choisi de démissionner. Le grave accident de Biyem-Assi est venu confirmer cette vérité implacable,

Le gros-porteur à l’origine  de l'accident de Biyem-Assi. Crédit photo : Prince Nguimbous.

Le gros-porteur à l’origine de l’accident de Biyem-Assi. Crédit photo : Prince Nguimbous.


Le 16 octobre, un camion en furie a fait 8 morts et une dizaine de blessés graves au quartier Biyem-Assi à Yaoundé. Ces élèves rentraient des classes après une dure journée sur les bancs, contents de regagner leurs domiciles où les attendaient surement un plat fumant d’Okok ou de haricot à la viande. Ils marchaient insouciants de la mort comme on l’est à cette âge-là.
Malgré la gravité de la catastrophe, c’est  6 jours après que le ministre des Transport, Robert Nkili est descendu sur les lieux. Sur les antennes du poste national de la Crtv, le patron des transports camerounais avait dit être « meurtri et préoccupé » par les obsèques de la mère de la Première Dame du Cameroun, Mme Chantal Biya qui se tenaient au moment de l’accident. En dehors du Mintransports, aucun autre ministre, ni le ministre de l’éducation de Base, ni celui de l’enseignement Secondaire ne s’est rendu sur les lieux pour consoler les parents, rassurer les responsables d’écoles ou réconforter les élèves du lycée de Biyem-assi, du collège Flemming, du complexe scolaire Nesca, qu’on imaginent traumatisés par la mort violente de leurs petits camarades. Pas un mot, une phrase, une lettre, une fleur, rien. Même pas un message à Joël Embiid, le basketteur camerounais des sixers de Philadelphie qui pleure Arthur Embiid son petit frère de 13 ans, l’une des victimes du drame.

Octobre meurtrier

Nos officiels sont soudain devenu muets, aveugles. Un silence assourdissant, que beaucoup de camerounais assimile à de l’indifférence pour le petit peuple. Le drame de Yaoundé qui est survenu quelques jours après un accident similaire à Ndokoti à Douala aurait pu être plus catastrophique étant donné que l’accident a eu lieu à la sortie des classes, donc à une heure de grande affluence.
Ici, il ne s’agit nullement de juger qui que soit mais de questionner les actes de ceux qui sont à la tête de ce pays. Un ministre, un gouverneur, un préfet, un maire n’est pas n’importe qui ! C’est un leader, un meneur d’hommes capable d’impulser une politique. Il a des devoirs, un rôle précis à jouer, dans son ministère, son territoire de compétence, c’est lui qui mène la danse. Alors lorsqu’il choisit le silence alors que les situations lui imposent de réagir promptement que penser ?
Dans cette histoire, les partis politiques ne sont pas non plus à acclamer. Eux qu’on n’a pas beaucoup entendus depuis le début de ce mois d’octobre meurtrier, (en dehors du Mouvement pour la renaissance du camerounais (Mrc) descendu à Biyem-Assi quatre jours après l’accident). Les tragédies de Biyem-Assi et de Ndokotti ne sont pas les seuls. Depuis le début du mois, il y eu des accidents à Bafang, Bafoussam, Nkongsamba où deux jeunes prêtes sont morts broyés dans leur voiture. Pas un message de nos politiciens pourtant jamais avares de mots quand il faut tirer sur le régime. Normal n’est pas ? On n’était pas en période électorale!

 

Cameroun : les militaires font la pluie et les coups de poing

Pendant que Boko Haram sème la terreur dans le Nord du pays, les militaires tabassent et terrorisent les pauvres populations qu’ils ont pourtant le devoir de protéger. Même les policiers en prennent pour leur grade.

Ce n’est pas un fait nouveau. La brutalité de nos forces de l’ordre à l’endroit du simple lambda a souvent fait l’objet de billets d’humeur. Comment en effet rester indifférente face à un phénomène qui prend de l’ampleur ? Le fait divers qui me fait sortir de ma réserve est rapporté par le quotidien camerounais Le Jour et s’est déroulé à Douala au quartier Ndogbong. Cette zone est connue pour l’embouteillage qui y règne particulièrement aux heures d’affluence.

Ce jour-là une policière essayait de réguler la circulation, lorsqu’elle a été défiée par un automobiliste visiblement allergique à la moindre injonction. Le militaire vert de colère, ne s’est pas gêné pour sortir de son véhicule, gifler la pauvre dame à toute volée, arracher ses galons et son téléphone portable, cravater un commissaire descendu sur les lieux s’enquérir de la situation. Il faudra une circulation bloquée pendant deux heures, la descente du sous-préfet de la zone pour que le forcené daigne enfin se présenter et s’expliquer. Et ô surprise ! Les policiers de Ndogbong n’avaient pas à faire à n’importe qui. Mais à un colonel, capitaine de vaisseau et haut-responsable au ministère de la Défense !

Des scènes comme celle-là, je pourrais en raconter des tonnes. Je pense encore à cette famille, le père, la mère, les deux enfants et la nièce tués en début d’année dans un accident de la route parce que des hommes en tenues s’étaient lancés dans un dépassement hasardeux. La famille revenait d’un séjour dans la cité balnéaire de Limbé lorsque ce décès brutal est intervenu mettant ainsi fin à des rêves, à une vie familiale sans histoire.

Comment des gens formés pour prévenir les troubles à l’ordre public peuvent être les premiers à semer le chaos et la désolation ? Comment un haut-gradé de l’armée peut-il se comporter avec autant de mépris pour les autres ? Pour une bière bien glacée, une bousculade dans la foule, une place njoh (gratuite) dans le taxi ou le bus, une inscription pour l’enfant dans un lycée, une belle au derrière renversant, ils sont prêts à sortir le poing et de plus en plus l’arme.

Trop de visages défigurés, des larmes versées, des familles endeuillées !

il est temps que cela cesse !

La rue n’est pourtant pas une une arène pour gladiateurs en mal de combats et mon visage n’est pas un tam-tam !