N’oublions pas les lycéennes de Chibok.

 

Des mères éplorées. Crédit photo : Afp

Des mères éplorées. Crédit photo : Afp

Dans quelques jours, le 11 février particulièrement, des milliers de jeunes Camerounais défileront à travers le pays pour célébrer avec ferveur la 50éme édition de la fête nationale de jeunesse. Une célébration qui s’annonce grandiose pour marquer le sceau des 50 ans d’existence de cette commémoration. Une fête dont le faste cachera mal, les difficultés d’une jeunesse en perte de repères, minée par un chômage endémique, obligée de se coltiner des petits boulots pour survivre dans un environnement où la corruption s’est érigée en mode de fonctionnement. J’aurais pu écrire sur tous ces problèmes mais d’autres l’ont fait avec l’analyse, le ton, l’indignation qu’il faut. En ce début du mois de février, mes pensées sont pour les lycéennes enlevées un sombre jour d’avril par la funeste secte Boko Haram.

Un avenir sacrifié

Dans une société patriarcale qui reconnaît à la femme  le seul rôle d’épouse et de mère, elles s’étaient battues bec et ongles pour accéder à l’instruction.  Unique moyen pour elles de se construire dans la dignité, un avenir radieux. Installées dans des villages au fin fond du Nigeria dans des bleds où le développement semble s’être arrêté il y a 50 ans,  elles devaient braver chaque jour  des centaines de kilomètres pour aller à l’école. Élevées par des parents pauvres parmi les pauvres,  elles étaient l’espoir de toute une famille, de tout un village. En avril prochain, cela fera malheureusement deux ans que ces adolescentes ont été enlevées. Deux ans que les parents ont perdu le fil qui les rattachait à la vie. Que sont-elles devenues ? La question est douloureuse. Très douloureuse. La barbarie du groupe Boko Haram est connue de tous. Plus de 20 000 personnes ont déjà périt sous le bombes du groupe armé. .

 Une mobilisation internationale et puis plus rien

Pourtant quelques temps après leur horrible kidnapping, une grande manifestation abondamment médiatisée avait mobilisé de milliers de personnes à travers le pays. La mobilisation fut totale comme seuls internet et les médias sociaux le permettent aujourd’hui. De la première dame des États-Unis Michelle Obama au citoyen lambda tout le monde criait « Bring back our girls !». La ferveur médiatique est depuis retombée et les filles restent introuvables. Rien ne semble bouger ou si peu. En ce mois de février dédié à la jeunesse, c’est le cœur lourd que je pense à tous ces jeunes de Gaza, de Syrie, de Bolivie, du Rwanda, du Congo du Nigeria, du Cameroun, du Tchad, de Côte d’Ivoire, etc, sacrifiés sous l’autel de désirs égoïstes. Un adage dit «  l’oubli est le vraie linceul des morts », il peut aussi, si nous ne prenons garde, être celui des vivants. N’oublions pas les lycéennes de Chibok!

 

 

Et si l’Afrique refusait le développement ?

Credit photo:Africanews.com

Credit photo:Africanews.com

Les derniers événements qui ont secoué le Burkina Faso montrent comment la paix est fragile en Afrique. Alors que le pays des hommes intègres s’apprêtait à donner au monde entier une belle leçon de démocratie, surprise : c’est la tentative de coup d’Etat du général Diendéré. Quelque 1 300 militaires du régiment de sécurité présidentielle (RSP) conduits par le général Diendéré qu’ils ont choisi comme figure de proue veulent s’emparer du pouvoir à Ouagadougou. Le président de la transition, le premier ministre sont faits prisonniers.
L’absurdité d’une telle action n’échappe à personne. On n’a pas besoin d’avoir fait sciences politiques pour comprendre que le coup de force « vintage » de la RSP était tout sauf l’émanation d’une volonté populaire. L’évolution de la crise burkinabè et les aveux du général Diendéré qui a reconnu la mort dans l’âme, avoir « eu tort » donnent raison à tous ceux qui ne voyaient pas cette situation folklorique prospérer.

La démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, dans sa définition la plus simple. Dans un pays démocratique donc, c’est le peuple qui choisit ses dirigeants. Le président est élu au suffrage universel pour servir les intérêts de la nation. Hélas, la réalité africaine est tout autre. Dès les années 60, après d’âpres luttes pour conquérir son indépendance, l’Afrique a basculé dans une spirale où les coups d’Etat étaient un mode opératoire. Le Burkina Faso, le Nigeria, la Centrafrique, le Tchad, le Ghana, ont eu des présidents arrivés à la tête du pays par la force des armes. L’histoire de notre continent, qui ne s’appelle pas A-FRIC pour rien est aussi pleine d’histoires de gouvernements démocratiquement élus qui se sont transformés en régime totalitaire ou en monarchie par la suite. Ce triste constat pourrait conduire à se demander dans un langage terre à terre si les Africains sont fâchés avec la démocratie ?

Coup d’Etat constitutionnel

Je crois que l’une des principales entraves à l’alternance à la tête des Etats africains est due au fait que la réussite sociale est tellement liée au pouvoir que tout le monde se bat pour être dans ce d’aucuns ont finit par appeler « la mangeoire ». La plupart des gouvernements fonctionnent comme des cercles et tous ceux qui sont étrangers à ces cercles ne peuvent jouir des privilèges auxquels ils ont pourtant normalement droit en tant que citoyens de leur pays.
Même les hommes d’affaires ont fini par se convaincre qu’il est difficile d’exister hors du cercle au pouvoir. Résultat : c’est la ruée vers les postes de sénateurs, députés, maires…
Et pourtant je ne connais pas de peuple aussi épris de liberté, de démocratie que le peuple africain. Alors qu’avec le régime totalitaire, la monarchie on se bat pour durer, on met son intelligence au service des coups les plus farfelus pendant que le peuple qui vous a élus agonise et crie famine.
Les Africains sont des gens épris de liberté et attachés à la paix. Nous avons très vite pris conscience que l’alternance au pouvoir est le moyen pour sortir du sous-développement dans lequel nous vivons depuis les indépendances. Hélas ! De nombreux politiques africains ne sont que des politiciens qui font la politique contre les hommes et non pour préparer un meilleur avenir aux hommes.