Douala, un scandale écologique sur les berges du Wouri

Un père sauve sa fille de la noyade. Crédit Photo. Paul Mahel

Un père sauve sa fille de la noyade. Crédit Photo. Paul Mahel

Il a fallu les inondations spectaculaires du 20 juin dernier dans le département du Wouri pour que la situation écologique de la ville soit enfin prise en compte.  Douala sera débarrassée de toutes les habitations construites sur les drains et qui empêchent l’eau de circuler normalement.  Dans quelques années donc, Douala affichera sans doute un autre visage. En attendant, le poumon économique de l’Afrique central est un scandale écologique.

Douala la rebelle, Douala la frondeuse, Douala la mondaine. Tant de mythes entourent cette ville portuaire, chef-lieu de la région du littoral. Cette métropole, la plus peuplée du Cameroun avec une population estimée à 2 446 945 habitants en 2011 est aussi une ville chargée d’histoire. Impossible de parler du Cameroun sans citer ce bout de pays. Dès l’école primaire, les livres d’histoire apprennent aux petits Camerounais que les premiers navigateurs occidentaux (Hollandais, Portugais, Espagnols) entrèrent au Cameroun par la côte. Les Douala (ce vocable désigne les autochtones. On parle des cantons ou villages Bonapriso, Deido, Akwa, Bonabéri, etc.), sont donc les premiers habitants à être en contact avec les hommes aux pieds de poule (La saison de l’Ombre, Leonora Miano). Les rois Douala comme Douala Manga Bell furent les principaux interlocuteurs des colons. Douala fut d’ailleurs choisie par les Allemands comme la première capitale du pays. Certains textes indiquent que le plan actuel de la ville est en partie hérité de la colonisation.

A côté de ce glorieux passé, Douala fut sur le plan politique, le théâtre d’événements majeurs dans les années 1990.  « Les villes mortes » ou la crise politique qui l’ont secouée, y prend ses racines alors que le vent de la démocratise soufflait sur l’Afrique après la chute du  » mur de Berlin « .

Aujourd’hui, par son dynamisme, sa position géographique stratégique, la ville de Douala s’est imposée comme « le poumon économique de l’Afrique centrale ». Elle est la porte d’entrée de nombreux étrangers africains qui veulent s’établir au Cameroun.  C’est dans cette ville que le tissu industriel camerounais est le plus solidement implanté. La plupart des investisseurs camerounais et étrangers choisissent le littoral camerounais. De ce fait, elle attire de nombreux jeunes campagnards en quête de travail. Mais depuis plusieurs années, on assiste aussi à un exode « urbain » des jeunes qui partent de Yaoundé travailler à Douala. Conséquence, la population de la métropole croit chaque année. Il s’en suit une pression démographique qui met l’écosystème terrestre en danger. Les  populations en quête de logement se sont installées un peu partout au mépris des règles de l’urbanisation et du respect de l’environnement. Des habitations ont été construites sur des drains, dans les marécages.  Si bien que le retour des pluies est toujours vécu avec angoisse par les populations installées dans ces bidonvilles. A plusieurs reprises, des inondations ont été signalées dans les quartiers populaires de Douala sans pour autant que les autorités réagissent .

Il a fallu les inondations du 20 juin dernier pour que les autorités décident enfin de prendre ce problème écologique à bras le corps. Jamais la ville n’avait été confrontée à un désastre de cette ampleur. Les eaux sont montées à un niveau insoupçonné engloutissant tout sur leur passage (maisons, voitures, personnes).  Pour se déplacer à Maképé, Missoké, il fallait ramer dans un bateau ou une pirogue. Les images ont fait le tour du Cameroun laissant abasourdis ceux qui pensaient que « cela n’arrive qu’aux autres ».

Deux jours après le retour à la normale, les populations ont été sommées de quitter, en 48 h, les maisons qu’elles habitaient pour certains, depuis trente ans !  Mais l’occupation anarchique des drains, les inondations ne sont pas les seuls problèmes écologiques à menacer Douala. Depuis plusieurs années, on assiste à une destruction inquiétante de la mangrove (lien). Les produits de la mangrove sont surexploités par les populations pour des activités comme le fumage du poisson, la vente du bois de chauffe, etc.

Jusqu’à présent, rares sont les actions mises en place pour protéger cette richesse. Faudra-t-il qu’un nouveau scandale écologique éclate pour prendre des mesures salutaires ?

 

Ce que nous devons aux chercheurs

Arthur Zang. Un jeune chercheur qui trouve. Photo .Parismatch.com

Arthur Zang. Un jeune chercheur qui trouve. Photo .Parismatch.com

 

« Des chercheurs qui cherchent on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en recherche ». Je ne me rappelle plus de l’année. Juste que c’était au lycée. Au premier cycle. Ces phrases étaient inscrites sur le mur au fond d’une salle de classe. A l’époque, j’avais bien rigolé. M’attardant sur l’esprit espiègle du petit scribouillard qui avait gravé cette sentence. Je le trouvais inspiré de jouer ainsi avec des mots. J’étais jeune alors et je pensais comme beaucoup que la recherche était un domaine vain.

Ah l’ignorance de la jeunesse !

 Il faut dire qu’autour de nous à Yaoundé les représentations dans le domaine de la recherche étaient rares. Lorsqu’on entendait parler s’était souvent au sujet des polémiques qu’elles suscitaient. Du coup on se demandait à quoi pouvait ressembler un chercheur, quelles genres de recherche effectuent-t-il. Pour nourrir nos fantasmes, on regardait des films de science-fiction en imaginant les chercheurs camerounais comme des petits vieux aux cheveux poivre et sel toujours plongés dans des interminables équations physique.

Des chercheurs qui trouvent

Des années plus tard, je suis tombée sur des articles de presse parlant de la découverte d’un vaccin contre le Sida ua Cameroun. En 2003 vérifier la date), feue le Pr Victor Anomah Ngu, déclara avoir mis au point un vaccin pour lutter contre cette pandémie : le vanihax18 personnes séropositives traitées avec ce vaccin étaient redevenues séronégatives. L’annonce fit grand bruit. Le traitement du Sida est un sujet sensible beaucoup n’y croyaient. Surtout que le Pr travaillait dans des conditions difficiles. Aujourd’hui encore il n’est pas clairement dit si le Vanihax était efficace. Un épisode très instructif comme mon passage aux journées de l’excellence technologique organisé par le ministère de la Recherche et de l’innovation technologique. Le monde de la recherche venait à moi ou plutôt j’allais vers le monde de la recherche. Les visiteurs pouvaient découvrir des inventions vraiment extraordinaire et ceci dans tous les domaines, l’agroalimentaire, la santé, les technologies, les cosmétiques, l’artisanat, etc. Du miel transformer en médicaments, en vin et en liqueurs. Des machines pour écraser les feuilles de manioc. Les visiteurs pouvaient déguster un breuvage original, le jus de manioc !

 Des cardiologues même au village

 La recherche est donc un domaine extraordinaire. Celui qui nous amène à la découverte de personnes au talent et au culot déroutant. Arthur Zang est un jeune informaticien camerounais de 28 ans. Il y a quelques années de cela, il a inventé le Cardiopad la première tablette tactile médicale africaine. Cet outil révolutionnaire va permettre aux médecins de pouvoir consulter les patients à distances. Dans un pays qui compte moins de 40 cardiologues pour 20 millions d’habitants, c’est une véritable avancée qui va permettre de sauver de nombreuses vies. Tout comme celle effectuée au Centre Pasteur du Cameroun.

Le 9 mars, cet institut a présenté les premiers résultats de ses 10 ans de recherche sur l’ulcère de Buruli. Cette infection chronique de la peau causée par une mycobactérie sévit principalement dans les zones tropicales. C’est une maladie négligée à l’origine de larges lésions sur la peau notamment sur les bars et les jambes. Ces plaies sont très difficiles à cicatriser et peuvent sérieusement handicaper le malade. La maladie est découverte au Cameroun en 1969 mais les causes exactes de sa transmission ne sont pas totalement connues. Malgré le temps qui passe les chercheurs n’ont pas abandonné leurs investigations. Un vrai soulagement pour les populations. Dans certaines régions du Cameroun comme le centre, les populations attribuent cette maladie aux sorciers et les victimes sont mises au ban de la société. Les chercheurs sont à leur manière des Zorro que nous ignorions. Grâce aux recherches effectuées par le Centre pasteur du Cameroun sous la coordination du Dr Sara Eyangoh avec le concours du l’institut Pasteur de Paris, de l’Ird, etc, on sait désormais que la moustiquaire permet de prévenir cette maladie handicapante.

 Pourquoi il faut investir dans la recherche

Au jour d’aujourd’hui, aucune nation ne peut prétendre développement si elle ne fait pas la promotion de la recherche. C’est un domaine absolument indispensable. Il est urgent que les pays africains reconnaissent la recherche comme un travail, un boulot en plein temps qui peut avoir un impact positif sur la croissance économique de nos pays. Les politiques doivent améliorer les conditions de travail des chercheurs en mettant à leur disposition des financements suffisant. Cela est d’autant plus urgent que deux tiers de la population mondial vit dans les pays-sous-développés. De plus, les recherches scientifiques et techniques effectuées en occident pour être utilisées dans nos pays ne sont pas très grandes comme l’explique le scientifique américain Eugène Stanley dans « La science au service du développement ». La recherche scientifique et technique contribue grandement au bien-être des populations surtout quand elle est par des personnes qui ont un sens poussé de leurs responsabilités.