C’est la Syrie qu’on assassine !

Crédit photo : klick

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Écoutez jeunes gens !
Entendez-vous ce cri qui déchire le ciel sombre d’Alep ?
Entendez-vous ce hurlement de douleur ?
Une frêle silhouette seule au milieu des décombres
Le visage poupin tout chiffonné inondé de larmes
Le chétif corps écoué par des spasmes violents
Un petit garçon, seul
Sur les visages ridés, fripés de vieillards au regard éteint, infiniment triste
Coulent lentement des larmes

Il pleut sur Alep
Des bombes qui n’épargnent
Ni innocents, ni truands
Ni petits, ni grands

Tout s’effondre, comme cette cité d’Alep
Qui fut jadis l’orgueil d’une Syrie enviée et adulée
Jusqu’à ce qu’un matin la mémoire leur soit revenu
Des rebelles formés et armés au nom d’un peuple
Qui meurt aujourd’hui sous les balles de ces mêmes rebelles
Un boulevard largement ouvert aux terroristes

Il pleut sur Alep
Des bombes qui n’épargnent
Ni innocents, ni truands
Ni enfants, ni parents
Tout n’est que pleurs, désolation
Indignation, et révoltes

Parlez-moi de la Syrie des classes moyennes aux solides bagages intellectuels !
Parlez-moi de ce pays au patrimoine culturel immense !

Orgueil d’Orient !
Pays du tapis fait main
Célébré dans le monde entier pour son artisanat

Parlez-moi des draps de Hana !
Parlez-moi du château de Krack !
Parlez-moi du souk-Al !

Parlez-moi de Palmyre!

Parlez-moi de la citadelle d’Alep !
Parlez-moi du savon d’Alep !
Ô Alep !

Que reste-il de cette Syrie là ,
De ce peuple enlisé dans une guerre « civile »
Qui ne s’explique pas ?

Dakar : capitale africaine du street-art

Au Sénégal, le graffiti n’est pas seulement une technique artistique liée à la mouvance du hip-hop, il est aussi utilisée comme un moyen d’expression pour des revendications sociales et politiques.

Crédit photo : Groupe Amoniak Graff.

Crédit photo : Groupe Amoniak Graff.

Sitôt arrivé à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, le visiteur est tout de suite happé par l’ambiance chaleureuse de la capitale. Entourée par l’océan Atlantique, Dakar est une ville au relief plat. Elle s’étend sur une superficie d’environ 82,38 km2. Il est vrai que l’architecture traditionnelle et celle héritée de la colonisation ont cédé la place à des constructions d’un style plus contemporain. Mais Dakar reste une ville chargée d’histoire au charme indéniable. Dans certains quartiers de la ville, il est toujours possible de plonger dans l’ambiance du passé. C’est le cas selon Medou, employé dans une résidence hôtelière, des quartiers comme Dakar plateau, le Pont, la Gare ou encore dans la Medina. Ce quartier populaire est l’une des 19 communes d’arrondissement de Dakar où il n’est pas rare de tomber sur des constructions anciennes et leurs fameux « toits-terrasses » où le soir venu, il fait bon de se prélasser en profitant de l’air frais des nuits dakaroises.

Le show de l’art urbain

A la faveur de plusieurs événements internationaux comme le sommet de la Francophonie tenue du 28 au 30 novembre 2014, la capitale sénégalaise a fait sa mue. Le gouvernement sénégalais a entrepris d’importants travaux pour améliorer la qualité des infrastructures d’une ville qui abrite, à elle seule, près de la moitié de la population sénégalaise. Aujourd’hui, avec ses autoroutes bien tracées, ses immeubles, ses HLM qui sortent de terre comme des champignons, ses rues bordées de palmiers et d’arbres de toutes sortes, Dakar affiche le fier visage d’une métropole africaine moderne et dynamique.

Dakar bouge et porte bien son nom. Car l’art est présent partout dans la ville et témoigne de l’attachement d’un peuple pour la chose culturelle. Sur la Corniche ouest de Dakar, sur la place du souvenir africain, au Mamelles ou encore sur la place de l’indépendance, des sculptures géantes de plasticiens locaux ou étrangers racontent l’histoire passée et présente du Sénégal.

A cote de cet art formel reconnu de tous, une forme esthétique et culturelle se développe depuis de nombreuses années. C’est le street-art, plus précisément le graffiti. Impossible de mettre un pied dans la capitale du Sénégal sans voir un mur décoré de dizaine de tags. Les tags sont des graffs tracés ou peints par les graffeurs aussi appelés tagueurs et qui se caractérisent par un graphisme proche de l’écriture.

Selon Jean Kouam Tawadje, professeur d’arts plastiques à l’université de Yaoundé 1, le graffiti est par essence un art de la rue. C’est une technique artistique née aux Etats-Unis vers les années 1970. Le graffiti est lié à la culture hip-hop dont il est une des formes d’expression à côté du rap et du breakdance. S’il est difficile de remonter à la genèse du graffiti au Sénégal, Mamadou Sow, jeune bloggeur très attentif à ce qui se passe dans sa ville, pense que la pratique date des années 1990.

Le graffiti est une discipline duhip-hop et Sénégal, ce mouvement est assez ancien », dit-il en faisant allusion au Positive Black Soul, le groupe de rap fondé dans les années 1990 par Didier Awadi et Doug E. Tee. LePSB fut l’un des premiers groupes de rap d’Afrique francophobe a cartonné sur la scène internationale. « Le Sénégal compte au bas mot près de 000 groupes de rap, Dakar ne pouvait pas rester en marge de ce phénomène », souligne le journaliste sénégalais, Abdou Rahmane Mbemgue. L’une des figures de proue de ce mouvement est le « graffeur Docta », de son véritable nom Amadou Lamine Ngom. A bientôt 40 ans, « le docteur des murs » est une véritable star

chez lui. « C’est un artiste socialement, engagé », précise notre source. Pour « Docta », le graffiti est art pour communiquer avec la population. Cette vision a beaucoup influencé les travaux des autres graffeurs dakarois. « Le graffiti permet aux artistes de s’exprimer artistiquement et de contribuer aussi à la beauté de la ville », soutient Assane Fall. Bibliothécaire de profession, le jeune dakarois s’intéresse aussi à la culture urbaine de son pays. « De nombreux gaffeurs ont contribué à embellir certains quartiers où les murs étaient en souffrance », affirme Georges El Dials, un autre dakarois. Au fil des années, les travaux des graffeurs ont fini par donner à la ville cette ambiance particulière qui a séduit tant de touristes à travers le monde. Souvent organisés en groupes, les artistes ne se donnent à effet aucune limite. Les fresques peuvent être de simples lettrages ou alors des peintures murales beaucoup plus élaborées.

IMG_20151205_135825Le style est très varié et emprunte au « old school », « free style », au style peinture mais le ballet de couleur est toujours au rendez-vous. Les graffeurs utilisent par habitude lestons chauds comme le rouge, le jaune, etc. Le résultat est toujours à la hauteur des attentes. Comme on peut le voir sur la Corniche à Dakar à plusieurs mètres de la Place du souvenir africain. La fresque longue de plus d’une quinzaine de mètres présente dans un bel ensemble où domine le ton vert, l’importance du sport dans une ville où il est courant de croiser des sportifs à toute heure de la journée. Au Croisement Cambéréne dans le nord-est de Dakar, le groupe « Amoniak Graff » invite les visiteurs à la contemplation d’une longue fresque réalisée en hommage à Nelson Mandela. Les artistes sénégalais sont très fins dans leur travail.Le graffiti tel que pratiqué au Sénégal surprend aussi par les différentes configurations qu’il peut prendre. Il est devenu au fil des ans un moyen pour les jeunes Sénégalais d’exprimer leur opinion.

L’art de la revendication

« Libérez Karim Wade ! ».L’inscription est écrite en gros caractères. Dans les soucis d’attirer l’attention d’un grand nombre de personne, les partisans du fils de l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade, incarcéré depuis 2014 à la maison d’arrêt de Reubeus à Dakar pour détournements de fonds publics, ont choisi des points stratégiques de la ville. Non loin du Stade Léopold Sedar Senghor, où s’effectuent depuis plusieurs mois, les travaux de construction d’une autoroute. Le message est bien visible pour les piétons et les automobilistes, surtout les plus attentifs qui empruntent cette voie. A l’observation, l’inscription date de longtemps. Pourtant cela ne semble gêner personne. Les Dakarois vont et viennent sans y prêter attention, au grand étonnement de ceux qui viennent des pays où la moindre allusion à des opposants est sévèrement réprimée. Ce d’autant plus que le message n’est pas isolé.

En parcourant Dakar, il est loisible de tomber sur des dizaines de tags de même type, c’est-a-dire de simples lettrages. Lorsqu’ils ne font pas allusion à Karim Wade, ils sont utilisés pour demander la libération des personnalités comme Cheik Allassane Sène. Le guide religieux emprisonné en février 2015, selon le journal « Le Quotidien », pour « acte de terrorisme ». « Ces types de tags ne sont pa artistiques et je trouve qu’ils salissent plutôt les murs », regrette Assane Fall. « Les tags sur les murs peuvent être des slogans politiques, des insultes entre hommes politiques des règlements de comptes ou parfois des mots de soutien en faveur d’un homme politique en mauvaise posture comme le libérez Karim Wade !», explique le journaliste Abdou Rahmane Mbemgue.

En période électorale, les murs de Dakar sont inondés de messages. En ce début du mois décembre, les empoignades des dernières élections municipales de 2014 sont encore visibles partout dans la ville. Pour de nombreux Dakarois, ce phénomène est à l’image du peuple sénégalais très attaché à l’idéal de la liberté d’expression. « Le Sénégal a une longue tradition démocratique et la liberté d’expression est bien ancrée chez les jeunes. Le mouvement Yen a marre, cité comme modèle d’engagement des jeunes, fait aussi des émules au Mali, au Burkina-Faso », revèle l’homme des médias. En dehors de cet aspect, on remarque que le graffiti sert parfois à valoriser les coutumes.

L’esprit de « la teranga», cette hospitalité et courtoisie si chère aux Sénégalais se retrouve également sur les murs. « Dr Mbacke Dia merci pour la scolarisation des femmes et leurs financements », sont gravé en belles lettres sur les murs du lycée de Patte d’oie en face de la mosquée du même nom. « Parmi les représentations picturales sur les murs de Dakar, il y a les photos des personnalités religieuses, (imans, marabouts), qui sont des personnalités vénérées et très respectées par les Sénégalais. L’Islam sénégalais est un islam confrérique, et ces photos de marabouts sont une façon d’exprimer* une appartenance confrérique », poursuit le journaliste.

Ce dynamisme du street-art sénégalais a fini par susciter l’intérêt de plusieurs structures. Un festival international du graffiti existe depuis 2008 et, en mars 2015, le géant américain Google, à travers sa représentation d’Afrique, s’est proposé de conserver à travers la création d’une galerie photo, cet art éphémère. Au cinéma, Abdoul Aziz Cissé et Wagane Guéye ont tourné un documentaire « Aaru Mbedd » (Les murs de Dakar). Mais les défis auxquels sont confrontés les graffeurs sénégalais restent nombreux. Outre l’organisation du secteur, ils se battent pour que leur discipline soit reconnue comme un art à part entière. Pour que Dakar devient véritablement la capitale du street-art.

L’enfant de l’autre

Portrait d'une petite fille. Flirck.cc

Portrait d’une petite fille. Flirck.cc

 

Mamou porta une main tremblante à sa tête, surprise de constater que sa tête était toujours à sa place. Le coup était pourtant d’une puissance sismique. Comme d’habitude sa tante n’était pas allée du dos de la cuillère. La gifle fut magistrale. Les traces des doigts étaient encore visibles sur la joue de Mamou. La petite fille essaya vainement d’étouffer les sanglots qui lui montaient à la gorge. Ce fut plus fort qu’elle, sa douleur éclata soudain comme un fruit trop mûr. Un cri déchira le ciel noir d’Ongolaville surprenant le voisinage qui se délectait des aventures de « Cosita Linda » diffusée sur la télévision nationale.

Mamie la vendeuse de beignets et spécialiste du kongossat fut la première à se retrouver près de Mamou. Elle posa un regard interrogateur sur sa tante. Celle-ci, son beau visage de madone déformé par une vilaine colère cracha furibarde, « Cet enfant n’est qu’une petite peste ! Elle vient de casser mon vase, dernier vase de Chine ». « Ah toi aussi, on ne tape pas sur les enfants la nuit ! », dit Mamie pour calmer sa voisine avant de s’en aller non sans avoir « gentiment » grondée Mamou. Recroquevillée dans un coin du salon, Mamou, petite Cosette misérable, sanglotait tristement en prenant garde de ne pas « embêter » sa tante avec ses pleurs.

De temps à autre, elle jetait des regards craintifs vers celle-ci. Dans sa tête d’enfant se bousculaient mille et une questions. Pourquoi recevait-elle toujours les coups dans cette maison qui comptait pourtant plusieurs enfants ?

Quand tonton Gilbert, le mari de sa tante était présent, les choses se passaient autrement. Mais il travaillait en plein temps et parfois après une dure journée il préférait, pour avoir la paix, ne pas intervenir. Un soir d’ailleurs sa femme l’avait vertement répondu « Je la corrige comme j’ai été  élevée enfant. C’est pour son bien ! »

Malgré son chagrin, Mamou puisa dans ses souvenirs que les multiples brimades n’avaient point effacés pour se remémorer l’époque où c’était l’amour fou entre sa tante et elle. Elle vivait encore chez sa mère au village. A chaque visite de sa tante, elle la harcelait de questions. « Tatie, tatie, tu m’as gardé quoi ? Tatie tu vas m’amener à Ongolaville avec toi ? Tatie, je veux voir mes cousins ! »

Comment cette tante qui lui ramenait toujours quelques friandises à grignoter, des vêtements achetés à Blackbazar avait pu se transformer en un tel dragon ? Ses punitions étaient devenues de véritables tortures. La fillette se rappelait ce jour où, prise d’une inspiration diabolique sa tante avait enduit son sexe de piment. Mamaou avait souffert le martyr tout simplement parce qu’un matin tenaillée par une faim dévorante elle était allée se servir dans la marmite. Sa tante l’avait traitée de voleuse, l’accusant d’avoir pris le plus gros morceau de viande. Celui réservé à tonton Gilbert. Mamou travaillait comme une machine, passait une journée entière sans manger. Elle savait qu’« une fille doit travailler pour gérer son futur foyer ». Mais pourquoi Anita sa cousine de loin son aînée, n’était pas soumise au même traitement ?

Mamou essaya de réfléchir. Et si tout cela n’était en fin de compte que le résultat d’une situation normale, voire courante… Et si en fin de compte tout cela arrivait par qu’elle n’était que l’enfant de l’autre ?

Elle poussa un soupir à fendre l’âme, s’étira peureusement sans pour autant bouger de son coin. Elle attendait craintive, que sa tante vienne la sortir de son cachot.

Le disque rayé des musiciens camerounais

 

Crédit photo : Camer.Be

Crédit photo : Camer.Be

Depuis de nombreuses années de violentes batailles sur la gestion des droits d’auteurs déchirent la famille de la musique camerounaise. face à une administration qui ne les offrent pas toujours d’alternatives, fragilisés par le piraterie, la percée des Ntic, les musiciens camerounais évoluent dans la précarité, clochardisés alors qu’ils possèdent un talent à revendre.

  Les artistes- musiciens camerounais pourront-ils décemment vivre du fruit de leurs talents ? La question mérite d’être posée en ce temps de célébration de la fête de musique à travers le monde. Le pouvoir de la musique n’est plus à démontrer. C’est un élément rassembleur. Il adoucit les mœurs, favorise le brassage culturel, la mixité sociale et générationnelle. Avec la musique, toutes les barrières, même linguistiques tombent d’elles-mêmes.

 Forte de ses 250 ethnies, le Cameroun peut se targuer d’être l’un des pays d’Afrique centrale avec la Rdc à avoir un grand nombre de stars mondialement reconnues comme le « baobab » Manu Dibango qu’on ne présente plus.  Quatre de ces rythmes ont été popularisés sur la scène internationale.

  • Le bikutsi, le rythme des peuples de la forêt (Les béti-fang bulu qu’on retrouve dans la région du Centre et du Sud Cameroun) amené par des ténors comme Sally Nyolo, les Têtes brûlées, Nkodo Sitony, Messi Martin, etc.
  • Le Makossa , le rythme des peuples de la côte ( les Douala sur le littoral Camerounais) avec Eboa Lottin, Ben Decca et sa sœur Grâce Decca, les blacks style, Ndedi Eyango, Tom Nyoms, Petit Pays, Penda Dallé, Jean-Pierre Essomé, etc.
  • Le ben skin, danse et chant des peuples du grass fields dans l’Ouest du Cameroun. Popularisé par André-Marie Talla, Marolle Tchamba, San Fan Thomas (inventeur du makassi), etc.
  • L’assiko danse et chant des peuples bassa dans le centre et le littoral camerounais avec Jean-Bikoko Aladin,

A côté de ces rythmes traditionnels, la musique urbaine est très dynamique avec des jeunes reconnus même aux Etats-Unis comme Charlotte Dipanda, les rappeurs Stanley Enow, Jovi, Krotal, X-Maleya les rois de l’Afro-pop au Cameroun, Daphné, Otu Bala Jah ambassadeurs du reggae, Sanzy Viany, etc.  Le Cameroun est donc un vivier de talents. Nombre de nos bassistes, comme André Manga qui travaille avec l’américain Paul Simon sont recherchés à travers le monde.

Dresser ainsi le tableau paraît idyllique. Que non !  Depuis plus de 10 ans de fausses notes sont régulièrement enregistrées. Au cœur des batailles rangées, le problème de gestion des droits d’auteurs. Trois sociétés de gestion des droits d’auteurs ont déjà été créées.  La première, la Cmc fut gérée par Sam Mbendé qui se retrouvera en conflit ouvert avec le Ministre des Arts et de la culture, Ama Tutu Muna. Malgré une décision de justice rendue à sa faveur, il ne sera jamais rétablit dans ses fonctions. Par la suite vers 2010, une autre maison de gestion la Soacam est mise sur pied. A la tête Odile Ngaska, talentueuse chanteuse de gospel et épouse d’une personnalité. Certains médias la présentaient alors comme « la protégée » d’Ama Tutu Muna. Mais son nom sera plus tard trainé dans la boue on l’accuse de de détournement de fonds, elle sera débarquée de la Soacam. Des élections sont organisées pour élire un nouveau Pca. Ndedi Eyango musicien installé aux Usa, présent sur la scène depuis plus de 25 ans dont les talents d’auto-compositeur, de faiseur de stars sont connus. Il se présente et remporte les élections. Mais coup de théâtre, quelques semaines seulement après son élection fort médiatisée, Ndedi Eyango est débarqué de la Soacam, ses anciens électeurs se sont subitement souvenu qu’il est naturalisé américain.

 Et depuis lors, c’est le flou total. Des comités sont créés pour des résultats pas toujours visibles. Ama Tutu Muna, le Minac que les médias camerounais ont surnommé « La rebelle de la République » aurait accordé contre l’avis de son patron, le premier Ministre Philemon Yang qui voulais voir clair dans ce conflit, un nouvel agrément pour la création d’une nouvelle maison de gestion des droits d’auteurs. Comme on le voit, la situation est confuse. On nage en plein cafouillage. Pendant que certains sèment la zizanie autours d’une gestion aux enjeux financiers importants, d’autres sont obligés d’avoir une double voire, une triple casquette pour vivre.  Beaucoup évolue dans la précarité et tirent le diable pour s’en sortir (l’expression est d’un artiste).

 Atango de Manadjama, chanteur populaire inventeur du « Zécké Zécké » confiait à un média local, travailler de temps à autres comme mascotte pour une association œuvrant dans le marketing social. Son rôle : animer et sensibiliser les foules sur la protection contre le paludisme, le Sida. Une activité qui lui donne juste le minimum pour prendre soin de sa famille.  La construction de sa maison est à l’arrêt depuis longtemps faute d’argent. A force d’ingéniosité, une catégorie d’artistes a réussi à se faire une place respectable dans le monde des affaires. Prince Afo Akom est aussi couturier, le chanteur de bikutsi Atebass est tailleur.

Mais, pour les artistes « purs et durs » qui ne vivent que pour et par la musique, les jours sans pain sont nombreux.  C’est avec une immense tristesse que je vois des chanteuses comme Annie Anzouer qui a écrit une des belles pages de notre musique recevoir une guitare de la part des autorités en charge de la culture alors qu’elle se bat toute seule après une brillante carrière à transmettre son savoir aux jeunes artistes.

 Il ne fait aucun doute que la solution au problème des droits d’auteurs au Cameroun n’est pas la création d’une nouvelle maison de gestion. La plupart des observateurs et même certains artistes le reconnaissent. Il est important en premier lieu que les artistes parlent d’une seule et même voix. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Dans les médias, on entends plus que parler de la bande à Roméo Dicka,  etc. Or s’il y a une chose dont les artistes musiciens ont vraiment besoin aujourd’hui, c’est l’entente et la solidarité. Parce qu’avec la percée des nouvelles technologies de l’information et de la communication rien n’est plus comme avant.  Les musiciens ont besoin de repenser leur fonctionnent pour être à l’avant-garde.  Ces qualités les permettront de s’organiser pour trouver comment faire face aux nouvelles exigences du monde de la communication d’aujourd’hui et pour revendiquer un statut, lutter contre le fléau qu’est la piraterie.

Aimé Césaire : remenber l’alchimiste du verbe !

Voilà 7 ans que cette grande figure de la littérature francophone nous a quittés. Écorché, révolté par l’inégalité entre les hommes, il avait fait de sa plume une arme redoutable. Yaoundé se souvient de son appel fraternel.

Aimé Césaire par le peintre Amaury Colyr Bonnin. Photo Barraki via wikimedia CC.

Aimé Césaire par le peintre Amaury Colyr Bonnin. Photo de Barraki via wikimedia CC.

« Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai ».  Je me lève ce matin d’octobre pluvieux et dans ma tête résonne inlassablement ces vers d’Aimé Césaire. Je suis comme obsédée textuellement. Les mots s’égrènent dans ma tête,comme un chapelet de bonheur. «Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques », «Partir… j’arriverais lisse et jeune », «Au bout du petit matin » et je comprends très vite que la journée ne sera pas à l’indignation mais à l’émerveillement. Pourtant aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a longtemps que je n’ai pas ouvert  « Cahier d’un retour au pays natal ». La faute ? Au livre. Ce poème long d’une quarantaine de pages écrit en vers libre entre 1936 et 1939 fait partie de ce genre d’ouvrages qui marquent d’une trace indélébile la mémoire du lecteur. Après une fouille minutieuse, je retrouve mon exemplaire au milieu d’autres bouquins. Je tourne frénétiquement les pages. J’avale goulument les mots et me laisse porter par la puissance évocatrice, la touche rythmique et la parole humaniste d’un poète qui a mis ses idées au service de la lutte contre le racisme, l’égalité entre les hommes. A travers la négritude, Aimé Césaire et les autres figures de proue de ce mouvement littéraire et politique que furent Léopold Sedar Senghor (le poète président) et Léon Gontran Damas voulaient rétablir l’homme noir dans sa dignité. Chacun dans son style d’écriture (académique pour Senghor et populaire pour Damas).

Césaire entre humanisme et négritude

En tournant les pages de « Cahier d’un retour au pays natal ce matin« , je constate que les ans n’ont pas altéré la portée et la force du discours de Césaire. Certes l’homme noir n’est plus l’opprimé de jadis. Certes les pays africains sont indépendants depuis 50 ans, certes le monde est devenu un village planétaire, mais réduire l’œuvre du martiniquais au seul problème des noirs, c’est oublier que qu’Aimé Césaire était avant tout un humaniste. L’humain, l’égalité entre les peuples est au centre de son œuvre. N’a-t-il pas dit « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir »?
Et dans ce monde où la violence semble la chose la mieux partagée, de nombreux peuples sont opprimés, spoliés, sans aucun droit même pas celui de choisir où ils peuvent vivre. Je pense aux rom, aux kurdes, aux afghans, aux jeunes de Gaza, à ceux de la République Centrafricaine, du Mali, aux minorités invisibles de Chine, à ces petites filles du Kivu en Rdc prisent dans l’étau d’une guerre sans fin.

L’hommage de Yaoundé

Parce que nous lui devons bien ça, un devoir de mémoire, Yaoundé se souvient. A l’initiative du talentueux metteur en scène camerounais Martin Ambara, un hommage artistique d’une semaine a été rendu du 7 au 15 octobre au poète décédé en 2008. Un hommage qui n’est pas le premier en Afrique. Le 20 mars 2013 à Dakar, à l’ occasion de l’ouverture du colloque organisé pour célébrer le Centenaire de sa naissance, le Président Sénégalais Macky Sall avait salué la mémoire d’un homme politique et écrivain engagé.
A Yaoundé, si la représentation théâtrale de « Cahier d’un retour au pays natal » a eu lieu en l’absence d’officiels camerounais et que le metteur en scène a regretté  l’indisposition de l’écrivaine martiniquaise Fabienne Kanor (elle a plusieurs fois honoré les milieux culturels camerounais de sa présence), le public de Yaoundé a répondu présent et ne s’est pas ennuyé une seconde au cours de ce rendez-vous du donné et du recevoir.