Le disque rayé des musiciens camerounais

 

Crédit photo : Camer.Be

Crédit photo : Camer.Be

Depuis de nombreuses années de violentes batailles sur la gestion des droits d’auteurs déchirent la famille de la musique camerounaise. face à une administration qui ne les offrent pas toujours d’alternatives, fragilisés par le piraterie, la percée des Ntic, les musiciens camerounais évoluent dans la précarité, clochardisés alors qu’ils possèdent un talent à revendre.

  Les artistes- musiciens camerounais pourront-ils décemment vivre du fruit de leurs talents ? La question mérite d’être posée en ce temps de célébration de la fête de musique à travers le monde. Le pouvoir de la musique n’est plus à démontrer. C’est un élément rassembleur. Il adoucit les mœurs, favorise le brassage culturel, la mixité sociale et générationnelle. Avec la musique, toutes les barrières, même linguistiques tombent d’elles-mêmes.

 Forte de ses 250 ethnies, le Cameroun peut se targuer d’être l’un des pays d’Afrique centrale avec la Rdc à avoir un grand nombre de stars mondialement reconnues comme le « baobab » Manu Dibango qu’on ne présente plus.  Quatre de ces rythmes ont été popularisés sur la scène internationale.

  • Le bikutsi, le rythme des peuples de la forêt (Les béti-fang bulu qu’on retrouve dans la région du Centre et du Sud Cameroun) amené par des ténors comme Sally Nyolo, les Têtes brûlées, Nkodo Sitony, Messi Martin, etc.
  • Le Makossa , le rythme des peuples de la côte ( les Douala sur le littoral Camerounais) avec Eboa Lottin, Ben Decca et sa sœur Grâce Decca, les blacks style, Ndedi Eyango, Tom Nyoms, Petit Pays, Penda Dallé, Jean-Pierre Essomé, etc.
  • Le ben skin, danse et chant des peuples du grass fields dans l’Ouest du Cameroun. Popularisé par André-Marie Talla, Marolle Tchamba, San Fan Thomas (inventeur du makassi), etc.
  • L’assiko danse et chant des peuples bassa dans le centre et le littoral camerounais avec Jean-Bikoko Aladin,

A côté de ces rythmes traditionnels, la musique urbaine est très dynamique avec des jeunes reconnus même aux Etats-Unis comme Charlotte Dipanda, les rappeurs Stanley Enow, Jovi, Krotal, X-Maleya les rois de l’Afro-pop au Cameroun, Daphné, Otu Bala Jah ambassadeurs du reggae, Sanzy Viany, etc.  Le Cameroun est donc un vivier de talents. Nombre de nos bassistes, comme André Manga qui travaille avec l’américain Paul Simon sont recherchés à travers le monde.

Dresser ainsi le tableau paraît idyllique. Que non !  Depuis plus de 10 ans de fausses notes sont régulièrement enregistrées. Au cœur des batailles rangées, le problème de gestion des droits d’auteurs. Trois sociétés de gestion des droits d’auteurs ont déjà été créées.  La première, la Cmc fut gérée par Sam Mbendé qui se retrouvera en conflit ouvert avec le Ministre des Arts et de la culture, Ama Tutu Muna. Malgré une décision de justice rendue à sa faveur, il ne sera jamais rétablit dans ses fonctions. Par la suite vers 2010, une autre maison de gestion la Soacam est mise sur pied. A la tête Odile Ngaska, talentueuse chanteuse de gospel et épouse d’une personnalité. Certains médias la présentaient alors comme « la protégée » d’Ama Tutu Muna. Mais son nom sera plus tard trainé dans la boue on l’accuse de de détournement de fonds, elle sera débarquée de la Soacam. Des élections sont organisées pour élire un nouveau Pca. Ndedi Eyango musicien installé aux Usa, présent sur la scène depuis plus de 25 ans dont les talents d’auto-compositeur, de faiseur de stars sont connus. Il se présente et remporte les élections. Mais coup de théâtre, quelques semaines seulement après son élection fort médiatisée, Ndedi Eyango est débarqué de la Soacam, ses anciens électeurs se sont subitement souvenu qu’il est naturalisé américain.

 Et depuis lors, c’est le flou total. Des comités sont créés pour des résultats pas toujours visibles. Ama Tutu Muna, le Minac que les médias camerounais ont surnommé « La rebelle de la République » aurait accordé contre l’avis de son patron, le premier Ministre Philemon Yang qui voulais voir clair dans ce conflit, un nouvel agrément pour la création d’une nouvelle maison de gestion des droits d’auteurs. Comme on le voit, la situation est confuse. On nage en plein cafouillage. Pendant que certains sèment la zizanie autours d’une gestion aux enjeux financiers importants, d’autres sont obligés d’avoir une double voire, une triple casquette pour vivre.  Beaucoup évolue dans la précarité et tirent le diable pour s’en sortir (l’expression est d’un artiste).

 Atango de Manadjama, chanteur populaire inventeur du « Zécké Zécké » confiait à un média local, travailler de temps à autres comme mascotte pour une association œuvrant dans le marketing social. Son rôle : animer et sensibiliser les foules sur la protection contre le paludisme, le Sida. Une activité qui lui donne juste le minimum pour prendre soin de sa famille.  La construction de sa maison est à l’arrêt depuis longtemps faute d’argent. A force d’ingéniosité, une catégorie d’artistes a réussi à se faire une place respectable dans le monde des affaires. Prince Afo Akom est aussi couturier, le chanteur de bikutsi Atebass est tailleur.

Mais, pour les artistes « purs et durs » qui ne vivent que pour et par la musique, les jours sans pain sont nombreux.  C’est avec une immense tristesse que je vois des chanteuses comme Annie Anzouer qui a écrit une des belles pages de notre musique recevoir une guitare de la part des autorités en charge de la culture alors qu’elle se bat toute seule après une brillante carrière à transmettre son savoir aux jeunes artistes.

 Il ne fait aucun doute que la solution au problème des droits d’auteurs au Cameroun n’est pas la création d’une nouvelle maison de gestion. La plupart des observateurs et même certains artistes le reconnaissent. Il est important en premier lieu que les artistes parlent d’une seule et même voix. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Dans les médias, on entends plus que parler de la bande à Roméo Dicka,  etc. Or s’il y a une chose dont les artistes musiciens ont vraiment besoin aujourd’hui, c’est l’entente et la solidarité. Parce qu’avec la percée des nouvelles technologies de l’information et de la communication rien n’est plus comme avant.  Les musiciens ont besoin de repenser leur fonctionnent pour être à l’avant-garde.  Ces qualités les permettront de s’organiser pour trouver comment faire face aux nouvelles exigences du monde de la communication d’aujourd’hui et pour revendiquer un statut, lutter contre le fléau qu’est la piraterie.

Protection de la nature, l’Afrique est-elle mal partie ?

 La corruption, le difficile accès des populations à l’information, le désintérêt des politiques et de certaines personnes qui voient à la lutte pour la protection de la nature un slogan creux sont des handicaps sévères pour une révolution verte sur le continent noir.

Crédit photo: Nicky Aina

Crédit photo: Nicky Aina

Dans le monde d’aujourd’hui, aucun combat, aucune lutte, aucune révolution ne peut être remporté sans une prise de conscience forte et une implication profonde des populations. Au Cameroun, on n’assiste pas encore à un mouvement écologique d’ampleur. Les actions de sensibilisation, l’urgence de protéger la terre sont pour la plupart selon mon observation, le fait de quelques associations et Ong. Certaines travaillent avec l’appui technique ou financier d’Institutions comme l’UE, le WWF mais leurs actions sur le terrain restent limitées faute de moyens. Conséquence, lorsqu’on sort de Yaoundé la capitale et de Douala la deuxième ville du pays, on se rend compte que l’information ne circule pas pleinement. Les populations manquent cruellement d’éléments sur les dangers qui menacent la terre, sur le rôle qu’elles peuvent jouer pour atténuer les effets du changement climatique.

 J’ai eu une conversation édifiante à ce sujet avec une cultivatrice possédant des champs de manioc et d’arachide à Mbamalyo à une cinquantaine kilomètres de Yaoundé. Depuis des lustre, cette femme et fille de cultivateur utilise la technique de culture sur brulis. Or, les environnementalistes sont unanimes pour dire que cette technique est à l’origine de la régression de la forêt. Il a fallu un fait divers pour que la cultivatrice qui ignorait tous ces corollaires, reconsidère sa manière de travailler. « Des jeunes avaient été commissionnés pour faire un feu de brousse dans un champs. Mais ils ont mal exécuté la consigne et le feu s’est propagé partout, brulant tout sur son passage, les plantes médicinales comme les arbres. Les dégâts étaient énormes. Mes enfants m’ont demandés s’il n’y avait pas pour nous, une autre façon de travailler. C’est comme ça que la famille s’est lancée dans des recherches pour découvrir que l’agriculture sur brûlis n’est pas une bonne technique de culture ».  La quête de l’information a donc « sauvé » cette famille qui se retrouve sans l’avoir véritablement voulue acteur d’un combat âpre et long. Cependant, il y a une catégorie de paysans qui ne peut aller à la recherche de l’information. Souvent illettrés, vivant dans des zones très enclavées ceux-là ont besoin que l’information aille vers eux.

Science sans conscience

En 2014, le gouvernement camerounais interdit « sur l’étendue du territoire national, la fabrication, la détention, la commercialisation ou la distribution à titre gratuit les emballages plastique non-biodégradables à basse densité, ainsi que les granulés servant à leur fabrication ». Sur le papier, les consignes du ministre de l’Environnement sont claires mais sur le terrain l’application de cette interdiction se heurte à plusieurs difficultés. Pas ou peu préparé à investir dans la fabrication assez couteuse des plastiques biodégradables, les entreprises de plasturgies mettront un temps avant de pouvoir ravitailler le marché national. Mal informés, incapable de faire la différence entre un plastique « bio » et les autres, certaines personnes vont se faire rouler par des commerçants véreux. Conséquences immédiates : un an après l’entrée en vigueur de cette interdiction non seulement les plastiques non-biodégradables n’ont pas disparu mais en plus les clients doivent maintenant payer l’emballage dans les boutiques, les supermarchés et autres lieux de commerces. « Un fiasco » qui aurait pu être évité ou tout au moins atténué si une campagne de sensibilisation forte avait été au préalable menée pour expliquer aux populations, les bien-fondés d’une action louable et amplement justifiée.

Corruption

 Le combat pour la protection de la nature se heurte aussi à problème tout aussi crucial. Il s’agit notamment du déficit de moyens humains et financiers. Certains parcs et aires protégées du Cameroun souffrent d’un manque  d’éco-gardes. Et lorsque il y en a, ceux-ci travaillent dans des conditions précaires sans matériels. Une situation qui accentue leur vulnérabilité d’autant plus que les braconniers sont de mieux en mieux organisés et opèrent avec un matériel ultrasophistiqué. Ils n’hésitent plus à tuer. Des éco-gardes ont helàs trouvé la mort dans l’exercice de leurs fonctions. Souvenez-vous du massacre d’éléphants perpétrés en fin 2011 dans le parc de Bouba-Djida dans la région du Nord où plus de 200 éléphants ont été massacrés par des braconniers venus du Soudan.

 La corruption est un poison. Une véritable gangrène qui touche hélas, dans mon cher et beau pays, tous les secteurs de la vie. La lutte contre le braconnage n’échappe pas à cette triste réalité. Comme je l’ai soulignée plus haut le braconnage est une activité criminelle bien organisée. Les braconniers bénéficient souvent de soutien dans les milieux les plus insoupçonnés. Récemment à Mouloundou dans la région de l’Est, un de ces hors-la-loi a été arrêté par la police sous l’action des agents du ministère des Forêts et de la faune(Minfof) en possession de 104 pointes d’ivoire, une arme de guerre et 1000 munitions. Curieusement, moins de 48h après s arrestation publique, le braconnier a été aperçu dans la ville faisant tranquillement des emplettes, rapporte le quotidien Le Jour. Les policiers ont indiqué à la presse l’avoir libéré « sur ordre du sous-préfet » de la localité. Les pointes et les armes saisies auraient aussi disparu sans laisser des traces. Ce fait-divers n’est malheureusement pas un cas isolé. Les associations de lutte pour la protection de la nature dénoncent très souvent les complicités de certaines autorités dans ce trafic. Contre des espèces sonnantes et trébuchantes, la vie des générations futures est ainsi sacrifiée !

 Politiquement vert

Pour certains observateurs, les balbutiements de la lutte pour la préservation de notre écosystème terrestre est la résultante du désintérêt des politiques pour la cause environnementale. « On préfère construire des routes qu’investir un peu dans la préservation de l’environnement. Mais cela fait plus de 50 ans que nous nous battons pour des problèmes élémentaires comme la santé, l’éducation. Il est bon de penser aussi à relever des défis comme la préservation de l’environnement », me demandait l’autre jour une amie verte de colère et d’engagement. Au Cameroun, selon nos informations, il existe un seul parti politique des verts, le Mouvement des écologistes camerounais. J’ignore quand ce parti a été créé mais il a participé à la dernière élection présidentielle en 2011 et depuis plus rien. Toute les informations disponibles sur le net datent de 2011 et parlent uniquement du scrutin présidentiel 2011.  Difficile donc de savoir quelles sont les cations des Mec en faveur de la nature. Et pourtant les politiciens ont un rôle fondamental à jouer dans ce combat planétaire. Le Cameroun comme la plupart des pays africains vit de ses ressources naturelles. Nous exportons le bois, le pétrole, le fer, etc. Qu’adviendra-t-il de nous et des générations à venir quand tous ces biens de la nature seront épuisés